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CHAPITRE V

les vainqueurs. On lui nomma les Béotiens. Il fit arracher le fer de la plaie, et mourut emportant les espérances et l'avenir de Thèbes, mais laissant, selon ses dernières paroles, deux filles immortelles : Leuctres et Mantinée (362).

Ses deux lieutenants étaient au nombre des morts. En l'apprenant, Épaminondas conseilla de faire la paix. La victoire n'était pas, en effet, décisive. « En voyant ce concours de presque toute la Grèce (1), il n'était personne qui ne crût que la suite du combat ne fût l'empire assuré aux vainqueurs, l'assujettissement des vaincus. Mais la divinité fit que chaque parti éleva un trophée comme vainqueur, et qu'aucun des deux n'y mit obstacle.... La confusion et le trouble régnent plus encore après cette bataille qu'auparavant dans toute la Grèce (2). »

Ainsi, l'impuissance de la Grèce était telle que la victoire elle-même ne décidait rien. Il semble pourtant que, les grandes ambitions étant éteintes, il fut facile à chacun de rester dans sa sphère et de se consolider sur son propre terrain. Mais la mobilité naturelle à l'esprit grec créait à chaque instant de nouveaux dangers : on oubliait son passé, on se mentait à soi-même, et les aventures ne déplaisaient pas, quelque danger qu'elles pussent apporter.

Ni Athènes, ni Sparte, n'étaient capables d'exercer l'hégémonie que Thèbes venait de perdre. Nul n'y aspirait au dedans ; elle va tenter un roi voisin.

(1) D'après Diodore, les Lacédémoniens et leurs alliés avaient vingt mille fantassins et deux mille cavaliers, les Thébains et leurs alliés trente mille hommes de pied et trois mille de cheval. La Grèce n'avait jamais vu en présence des forces aussi considérables,

(2) XÉNOPHON, lielléniquesy VII, 5.

M. Weill peint ainsi cet état de la Grèce (1) : « Par suite de répuisement des cités dirigeantes, tout s'y trouvait nivelé, et le pays qui formait un système d'États, une Europe au petit pied, était arrivé, non pas à l'équilibre, mais à la confusion et à l'impuissance. Le principe de l'indépendance de toutes les cités, grandes ou petites, principe consacré par le traité d'Antalcidas, et depuis proclamé par le roi de Macédoine et par tous ceux qui voulaient être les maîtres, multipliait les divisions politiques et menaçait de dissoudre la Grèce en poussière. »

La domination macédonienne.

1. En 359, Philippe II, fils d'Amyntas II et frère dePerdiccasIlI, devint roi de Macédoine, après avoir, comme tuteur de son neveu, rendu des services qui le firent proclamer roi au préjudice de celui dont il devait protéger l'enfance.

Il délivra son royaume des dangers intérieurs, lui donna ses limites naturelles, et son ambition s'étendant avec ses succès, il porta ses regards au delà. Il avait bien traité quelques Atliéniens et, en les renvoyant dans leurs foyers, il montra, par une lettre au peuple, son estime et son admiration.

Il organisa son armée, y introduisit une discipline

(1) Les Harangues de Démosthène^ Introduction, xvii (Paris, Hachette, 1873).

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