CHAPITRE V
vigoureuse, porta jusqu'à trente mille le nombre de ses soldats, les habitua à la fatigue, les prépara à de grandes choses, et ouvrit devant eux les plus vastes espérances.
Amphipolis, sur le Strymon, appartenait depuis Cimon aux Athéniens : elle était nécessaire à la Macédoine. Philippe désintéressa Olynlhe, fit des promesses à Athènes, et s'empara d'Amphipolis (358), qui devait revenir à ses alliés quand il aurait pris Pydna. Il prit Pydna, oublia sa promesse, et s'empara de Potidée qu'occupait une garnison athénienne. Il la renvoya avec honneur, protestant de son désir de vivre en bonne amitié avec une ville qui était l'honneur de la Grèce.
Athènes se relevait lentement. Elle reprenait ses anciennes colonies et faisait des colonies nouvelles : ses vaisseaux étaient sur toutes les mers et dans tous les ports; elle renouvelait et fortifiait ses alliances, mais la corruption qui régnait chez elle étouffait le patriotisme, et, bien des fois, les moyens matériels lui manquèrent pour l'exécution d'une grande idée, d'un projetauquel tenaient sa puissance et sa sécurité. Les mercenaires avaient remplacé l'armée nationale, et l'argent des alliés, au lieu de servir à la défense commune, fut consacré trop souvent à augmenter la pompe des spectacles. Elle prenait des garanties contre elle-même en prononçant la peine de mort contre quiconque demanderait pour ces fonds un autre emploi.
En 357, Athènes était en guerre avec les plus importantes de ses alliées. Rhodes et Ghios lui étaient restées longtemps attachées par les liens d'une amitié
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dévouée. Les factions oligarchiques, qui s'emparèrent du pouvoir peut-être avec l'aide de Mausole, roi de Carie, rompirent avec elle. Elles avaient cent vaisseaux; Athènes en envoya soixante, et bientôt après soixante autres. Il n'y eut que quelques engagements sans succès, ni revers importants, et la paix fut conclue sous la menace du roi de Perse, d'intervenir avec trois cents vaisseaux.
Athènes perdait ses alliances : Cos, Corcyre, Byzance avaient suivi l'exemple de Rhodes et de Ghios. Elle se vengeait en imposant des amendes à ses généraux, en les exilant, en les punissant de n'avoir pas toujours et partout réussi. La démocratie a besoin de victimes, et elle trouve inévitablement coupables ceux qui n'ont pas servi ses desseins comme elle l'aurait voulu.
Les Phocidiens avaient été condamnés à une amende pour avoir cultivé des terres consacrées à Apollon. Philomélos les engagea à ne pas se soumettre, et, nommé général, il s'empara du temple de Delphes, battit les Locriens, prit possession du trésor sacré, et réunit une armée disposée à faire subir le même sort à tous les lieux enrichis par la piété de la Grèce. Il battit de nouveau les Locriens et les Thessaliens; mais, écrasé par le nombre dans une lutte contre les Béotiens, il crut tout perdu, et se précipita du haut d'une roche.
Les Athéniens étaient restés neutres.
Philippe, qui ne cherchait que les occasions d'intervenir, marcha contre Onomarchos, frère de Philomélos, le vainquit et le tua. Il prenait en Grèce les intérêts de la religion; en Thessalie, ceux des