‹ Les institutions d'AthènesChapitre 134 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

opprimés, et remplaça par le gouvernement du peuple, la tyrannie d'Alexandre de Phères. Il marcha vers la Phocide, pour franchir les Thermopyles que les Athéniens défendirent et qu'il n'osa attaquer. Sa retraite parut aux Athéniens une victoire dont ils rendirent grâce aux dieux (352). A ce moment commence, sous l'inspiration du sentiment patriotique le plus délicat et le plus éclairé, la lutte de Démoslhène contre Philippe. Une phrase d'un de ses discours (1) exprime la pensée qui détermina sa conduite pendant vingt ans : « Ne serait-ce pas une nouveauté suffisante qu'un Macédonien vainqueur d'Athènes et gouvernant en Grèce? »

Athènes envoya cinq mille hoplites à Phryllos, fils d'Onomarchos, qui mourut sans avoir rien fait, et la guerre, continuant en Béotie, commença dans le Péloponèse, où, après deux campagnes, la paix fut faite (351).

Mais Philippe, poursuivant ses desseins, s'avançait en Thrace, poussait vers la Chersonèse, dont la possession lui livrait la Grèce, et cherchait à s'emparer de Byzance. Athènes était directement menacée. Les clefs de l'Euxin, d'où elle tirait en grande partie ses approvisionnements de bois pour ses vaisseaux et le poisson qui formait la base de la nourriture de ses habitants, allaient passer dans les mains d'un roi dont elle connaissait la valeur, et dont elle soupçonnait l'ambition. Il avait à sa disposition trois forces, dont il devait se servir suivant les occasions et avec autant d'habileté que d'énergie : l'argent, l'intrigue et l'épée.

(1) Première Olynthienne.

252 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

Valère Maxime dit de lui (1) qu'il fut plutôt « l'acheteur que le vainqueur de la Grèce. » Il prodigua l'argent avec un à-propos qui lui permit de tout tenter, et une habileté qui, auprès de tant d'hommes disposés à se vendre, ne rendait inutile aucune de ses largesses. L'intrigue lui fut facile au milieu d'un peuple mobile dans ses affections et sa conduite, accessible aux opinions les plus extrêmes, et peu jaloux de se maintenir d'accord avec luimême. Quant à la force, le soin avec lequel il avait préparé son armée, la discipline à laquelle il l'avait soumise et l'esprit dont elle était animée, lui promettaient la supériorité sur des troupes braves par tradition, mais sans confiance en elles-mêmes, et sans patriotisme, parce qu'elles servaient alternativement les divers partis.

Heureusement pour l'honneur de la Grèce et pour la gloire d'Athènes, il trouva devant lui un homme que sa parole rendit puissant, et que son amour de la liberté conserva incorruptible.

2. Démosthène, qui devait à la nature de grandes qualités et à l'art ce qui lui manquait, se mêla de bonne heure aux affaires publiques. Comme orateur, il avait pris pour modèle Périclès, et il fut constamment animé de son patriotisme. « Il ne laissait rien passer de ce que faisait le roi de Macédoine sans le relever avec force ; à chacune de ses actions, il alarmait les Athéniens sur les suites qu'elle pouvait avoir, et les échauffait contre ce prince. Aussi

(1) Liv. VU, ch. 2. Majore ex parte mercator Grœciœ quam Victor,

Page 1