‹ Les institutions d'AthènesChapitre 135 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

n'élait-il question que de Démosthène à la cour de Philippe, et lorsqu'il fut envoyé avec neuf collègues comme ambassadeur en Macédoine, le roi, après avoir écouté tous les autres, ne répondit avec soin qu'à son discours (l). »

Philippe avait déjà son parti dans Athènes. On le présentait comme un ami, on louait son désintéressement, on montrait tout ce que le peuple aurait à gagner à cette alliance qui ne heurtait aucune tradition, et n'imposait aucun sacrifice. Les harangues de Démosthène permettent de comprendre combien ce parti était puissant, et quel courage exigeait une lutte contre des adversaires dont l'or de la Macédoine entretenait le zèle, et devant un peuple qui mettait à plus haut prix son repos et ses plaisirs, que sa liberté.

Démosthène essayait de le relever et de le prémunir contre lui-même. Sous la parole ardente de l'orateur, ce peuple impressionnable s'alarmait sans doute, ordonnait des armements et paraissait prêt aux grandes résolutions; puis l'enthousiasme tombait, l'ardeur guerrière s'alanguissait , il ne comprenait plus le besoin de réformes, dont il avait la veille reconnu la nécessité, et applaudissait Eubu^os demandant la peine de mort contre quiconque proposerait de consacrer à une guerre commandée par le désir de la conservation, l'argent destiné aux fêtes publiques.

Philippe, de son côté, s'étudiait à détourner tous les soupçons. Il avait fait une tentative contre un fort gardé par les Athéniens, entre Olynthe et By-

(l) PiVTAm^E, Dc/nosthéne, 19.

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zance, villes alliées qui ne pouvaient être abandonnées. On s'arma, mais Philippe parut se dérober, et pendant deux ans il s'enferma dans la Macédoine.

Athènes put croire que cette retraite cachait le découragement.

Le roi, prudent et habile, avait les yeux sur ceux qui lui offraient une proie facile. Il attendait une occasion favorable.

Démosthène, de son côté, croyait à la nécessité d'une vigilance constante et d'une défiance attentive. « Il existe, disait-il (1), des moyens de toute sorte inventés pour la défense et le salut des villes : les remparts, les murs, les fossés et d'autres pareils ; tout cela s'exécute de main d'homme et exige des dépenses. Mais il est un préservatif commun que la nature donne spontaném.ent à tous les esprits sensés, qui est bon et salutaire pour tous, mais surtout pour les peuples libres contre les tyrans.

» Quel est-il? La défiance. C'est elle que vous devez croire et garder. Si vous la conservez, le mal ne vous atteindra pas. Que voulez-vous, enfin? La liberté. Eh bien, ne voyez-vous pas que les messages de Philippe en sont le contre-pied? Un roi ou un tyran est toujours un ennemi de la liberté et des lois. Prenez donc garde que, pour échapper à une guerre, vous ne tombiez sous un maître. »

Olynthe, capitale d'une confédération de trentedeux cités, gênait les projets de Philippe. Il ne l'attaqua pas directement, et prit une à une les villes qui l'entouraient. Olynthe eut recours à Athènes. Démosthène ouvrit l'avis qu'il fallait l'aider, et montra

(I) Deuxième Philippique.

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