CHAPITRE V
ambassade, Philippe revint en Thrace oii il paraissait oublier la Grèce, et où, cependant, il lui portait des coups terribles, en attaquant les villes alliées, en fondant des colonies , en assiégeant Sélymbrie et Périnthe sur la Propontide (341), en essayant de prendre Byzance.
Athènes comprenait le danger, et, conduite par Démosthène, essayait de le conjurer. Elle armait des galères, réunissait des hoplites, ramenait dans la ligue des villes qui avaient cessé d'avoir confiance en elle et que sa politique nouvelle rassurait, suivait tous les pas de Philippe, et finissait par le rejeter hors de la Grèce.
3. Il fut ramené par une guerre sacrée. Le conseil Amphictyonique avait donné à Philippe le commandement des troupes destinées à punir les Locriens qui avaient cultivé le territoire d'Apollon (339). Il prit Éiatée et demanda à Thèbes de s'unir à lui ou du moins de lui ouvrir l'entrée de l'Attique.
Démosthène raconte l'effet produit à Athènes par ces événements (1). « C'était le soir, un messager vint annoncer aux prytanes qu'Élatée était prise. Les uns se lèvent de table au milieu du repas, vont à l'Agora, chassent les marchands de leurs boutiques et y mettent le feu ; d'autres font venir les stratèges et appellent le trompette public. La ville était pleine de tumulte.
» Le lendemain, au point du jour, les prytanes convoquaient le Sénat au lieu de ses séances ; vous vous alliez au Pnyx, et avant que le Sénat eût
(1) Pour la Couronne, 169.
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délibéré et pris ses conclusions, le peuple était déjà en séance sur la colline.
» Bientôt le Sénat parut : les prytanes communiquèrent les nouvelles, et le messager les confirma. Mais quand le héraut demanda : quelqu'un veut-il la parole? personne ne répondit. Le héraut répéta la demande à plusieurs reprises, personne ne se levait; pourtant il y avait là tous les stratèges, tous les orateurs, et la voix de la patrie demandait un avis salutaire, car les paroles que le héraut prononça au nom de la loi, sont la voix mêm.e de la patrie commune. »
Démosthène parla et conseilla « d'envoyer sur-lechamp des députés à Thèbes, pour inviter les Béotiens à faire cause commune et à combattre ensemble pour la défense de la liberté. » Choisi comme ambassadeur, il provoqua au milieu d'une population inquiète et troublée un tel élan pour la résistance, que l'ambassade macédonienne fut effrayée et que Philippe demanda la paix.
La guerre n'en éclata pas moins. Athènes en supporta le poids avec Thèbes et quelques secours de Corinthe et de l'Achaïe. Sparte resta indifférente à cette lutte suprême pour la liberté de la Grèce. L'armée de Philippe comptait trente mille fantassins et deux mille cavaliers. L'armée grecque ne lui était pas inférieure. La bataille se livra près de Chéronée. Mille Athéniens furent tués, deux mille faits prisonniers, et les autres mis en fuite. Le bataillon sacré des Thébains périt tout entier. Si Démosthène pouvait s'écrier au milieu de la douleur publique qui ne fut point de l'abattement : <( Non, vous n'avez