‹ Les institutions d'AthènesChapitre 138 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

point failli, Athéniens, en défendant jusqu'à la mort la liberté de la Grèce (l), » il n'en était pas moins vrai que cette liberté était morte (338).

Philippe se montra aussi généreux pour Athènes que rigoureux envers Thèbes. Après avoir traité honorablement les prisonniers et rendu aux morls les honneurs funèbres, il fit offrir des conditions de paix inattendues. Athènes gardait la Chersonèse, Lemnos, Imbros et Samos. Si elle était impuissante sur terre, où elle avait perdu son armée par l'incapacité de Lysiclès, qu^elle punit de mort, elle conservait intacte sa flotte, et c'est probablement à cette considération autant qu'au respect de Philippe pour le passé glorieux d'Athènes, qu'il faut attribuer la modération de ses conditions.

Il avait d'ailleurs de grands desseins. Réunie à Corinthe, la Grèce tout entière, moins Sparte, le nomma généralissime pour la guerre projetée contre la Perse. L'exposition de ce dessein depuis longtemps mûri par son ambition , devait amener une unanimité de sentiments dont Philippe espérait bien tirer parti. La Grèce était fîère de porter la guerre au sein de cet empire qui avait essayé de l'écraser sous le nombre. Elle croyait manifester sa puissance et servir ses intérêts, lorsqu'elle n'était que l'instrument d'un roi qui la dominait au profit de sa propre grandeur.

Athènes prit part aux fêtes célébrées en Macédoine à l'occasion du prochain départ de l'expédition et du mariage d'une fille de Philippe. Elle lui envoya une couronne d'or, s'engageant à lui livrer qui-

(1) Oraison funèbre des guerriers morts a Chéronée.

260 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

conque aurait conspiré contre lui. Sa statue figura dans un cortège magnifique à la suite de celle des dieux, parmi lesquels il semblait prendre place. Cette apothéose ne le sauva pas : quelques jours après, il fut assassiné par un noble Macédonien, Pausanias. La Grèce ne fut pour rien dans ce meurtre que l'on a attribué à la Perse, à sa femme Olympias et même, sans aucune apparence de preuve et sans vraisemblance, à son fils Alexandre (366). On l'explique par une vengeance personnelle.

Athènes dut à deux orateurs sa ferme attitude en présence de Philippe, et sa prospérité intérieure. Lycurgue est moins connu que Démosthène (1), mais il ne servit pas moins utilement que lui sa patrie. ïl présida de 341 à 326 à son administration financière, et la simple énumération de ses actes suffît pour comprendre tout ce qu'Athènes y gagna dans les circonstances les plus difficiles.

« Il eut le maniement de quatorze mille talents, d'autres disent de dix-huit mille six cent cinquante (2). » Chargé de la direction de la guerre, il fit construire quatre cents galères , éleva des arsenaux, et protégea la ville par des travaux de défense. Il consacra des sommes im.portantes à l'embellissement d'Athènes, débarrassa l'Attique des malfaiteurs qui l'infestaient, prit part à plusieurs ambassades, et « jouit constamment de la confiance entière du peuple (3). »

(1) Il ne nous reste de lui qu'un discours, Plutarque en connaissait quinze.

(2) Plutarque, Vies des dix orateurs grecs. — Lycurgue, 2.

(3) Plutarque, Lycurgue, 4.

Page 1