CHAPITRE I
dont l'existence remonterait aux temps les plus reculés.
La puissance des Pélopides tomba après la guerre de Troie, et les Achéens vaincus et dispersés cédèrent aux Doriens vainqueurs leurs terres et leur domination. Venus de la Phrygie vers l'occident par l'Hellespont, ils occupèrent d'abord la Thrace (1) et descendirent bientôt jusqu'au capTénare, après avoir successivement envahi la Thessalie et la Grèce centrale .
Cette invasion venait de la Grèce même. Elle opéra sur son passage des changements considérables, détruisit des gouvernements, en éleva d'autres, simplifia les éléments ethnographiques, et devint le point de départ d'une ère nouvelle. L'ébranlement fut immense et profond. Il n'est pas une des cités de la Grèce qui n'en ait subi le contre-coup, mais c'est l'épreuve décisive, et dès lors races et cités sont définitivement fixées.
Les Doriens appartenaient à ces tribus Thessaliennes qui avaient envahi la Béotie et s'y étaient fixées. Secourus par Hercule, ils avaient cédé à sa famille un tiers de leur territoire. Fidèles aux institutions de leur roi Éginios, qui leur avait apporté un culte épuré d'Apollon, ils purent résister à une première dispersion ; et réunissant leurs forces, allèrent chercher une patrie plus douce ou plus vaste, entre le Parnasse et l'CEta. Du nord, ils étaient descendus au centre ; ils ne devaient pas y rester.
Chacune de ces tribus avait son dieu, et Zeus pélasgique restait le grand dieu de toutes. Artémis
(1) CuRTius, Hist, grecque, I, p. 40.
!20 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
dominait en Eubée, Poséidon en Messénie et dans les îles, Démêter chez les Achéens; Apollon dieu nouveau ne tarda pas à être reconnu partout où était parlée la langue grecque.
Le culte était le trait distinctif de chaque tribu et de chaque cité, dont l'organisation et la vie sont essentiellement religieuses. Lorsqu'une divinité fut accueillie par toutes, il devint évident que si le fractionnement politique se maintenait, il y avait du moins, comme symbole de la parenté, comme garantie de destinées communes, comme preuve d'une aspiration universelle, la reconnaissance d'un même protecteur divin.
Les Doriens eurent plus d'audace. Ils firent de leur ancêtre Doros un fils d'Apollon, essayant ainsi, avec cet esprit exclusif auquel ils restèrent toujours fidèles, de s'assurer égoïstement ses faveurs.
La communauté du culte donna naissance à des ligues ou associations dont le but était de créer une solidarité universelle ou partielle pour la protection des faibles et la réalisation d'une espèce d'unité nationale. On les appela amphictyonies. La plus importante et la plus sacrée fut celle dont Delphes était le centre. ^ D'immenses résultats, dit Curtius (1), sont dus à l'institution et à l'extension de la grande amphictyonie. Et d'abord, le culte du dieu fédéral et l'ordonnance de la solennité principale obligea d'établir un accord étendu aux autres fêtes et à tout le système religieux. Un certain nombre de rites furent déclarés obligatoires pour tous, et on dressa un canon de douze divinités amphictyoniques. »
(1) Htst. grecque, I, 13 4.