‹ Les institutions d'AthènesChapitre 146 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leva comme pour sortir, et en passant devant l'autel du dieu, qu'il prit à témoin de la violence, poussa un soupir, tomba et mourut (10 novembre 321).

Athènes rendit à sa mémoire les plus grands honneurs, et consigna dans un décret les témoignages de sa reconnaissance. Démoslhène l'avait dirigée et soutenue dans les circonstances les plus difficiles. Il mourait entraîné dans la chute de sa patrie, et désespérant de sa liberté. Il avait mis, avec une admirable persévérance, une puissante parole au service des plus nobles inspirations, et si l'orateur a commis des fautes, sous l'inspiration d'un vice commun à la Grèce, la cupidité, l'homme d'État resta incorruptible, dévoué aux intérêts de la Grèce et d'Athènes, et lidèle à lui-même.

La lutte s'engagea plus vive que jamais entre les généraux d'x\lexandre, et les ligues se firent et se défirent suivant les circonstances, et avec une grande effusion de sang. Perdiccas, Ptolémée, Antipater, Cratère, Eumène, Lysimaque, Antigone, Cassandre, Polysperchon, jouent un rôle dans cette tragédie qui change à chaque instant, et d'une manière violente, les destinées des diverses contrées de l'Asie et de l'Europe.

La Grèce ne se montre que par intervalles au milieu d'événements dont les peuples souffrent, et dont les rois et les généraux ambitieux ne profitent que passagèrement. Polysperchon essaya de rétablir la démocratie, ordonnant le rappel des bannis et le rétablissement des gouvernements, tels qu'ils étaient sous Philippe. La plupart de ces généraux étaient des esprits cultivés, et avaient des goûts qui leur

assuraient la faveur ou la confiance de la Grèce. Mais leurs préférences pour une forme de gouvernement ne reposaient jamais que sur les circonstances, et n'étaient déterminées que par l'intérêt. Qu'auraient-ils donc pu fonder ou rétablir dans ces villes qui avaient un long passé, et qui, malgré la mobilité des caractères, conservaient un respect pieux pour la tradition? L'instabilité dans les idées et dans les maîtres n'a jamais pu assurer le repos, ni donner la prospérité.

Athènes fut troublée par le retour d'un grand nombre de bannis empressés de jouir des avantages de leur titre de citoyens. Phocion, qui avait été obligé de fuir et de chercher un refuge dans le camp des Macédoniens, y fat accusé devant Arrhidée. Sa défense ne fut pas libre, et le jugement, renvoyé aux Athéniens, montra jusqu'où peut tomber l'ingrate injustice d'un peuple qu'entraîne la passion politique. Les esclaves et les étrangers étaient en grand nombre sur l'agora où comparaissait en accusé celui qui n'avait jamais obéi qu'à d'austères convictions. Phocion se condamna lui-même à mort, et confessa ce qu'il appelait ses injustices. Le peuple fut assez ingrat et assez aveugle pour être de son avis, et, comme Socrate, mais sans que les règles de la justice fussent mieux observées, Phocion but la ciguë (avril 317).

La possession d'Athènes était importante pour les compétiteurs au trône.

Cassandre conduisit une flotte en face du Pirée , et Polysperchon vint défendre la ville avec vingt-cinq mille hommes et soixante-cinq éléphants; mais un

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