‹ Les institutions d'AthènesChapitre 148 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

aux Athéniens qu'il venait les délivrer de la garnison macédonienne. Les statues de Démétrius sont abattues et ses services oubliés. Le nouveau Démétrius est comblé des témoignages d'une adulation qui ne connaît pas de bornes. Athènes, qui n'était plus maîtresse d'elle-même, essayait de conquérir par des prodiges de basse flatterie, ceux dont elle devait subir le joug, et si quelque voix indépendante comme celle de Démocharès, neveu de Démosthène, la rappelait à la dignité, elle le bannissait (306).

Salamine fat, peu après, témoin d'une nouvelle bataille navale dans laquelle les Grecs combattaient entre eux. Démétrius y vainquit Ptolémée, et son père Antigone, profitant de ce succès, prit le titre de roi. Démétrius le reçut ensuite de loin, et Ptolémée, Lysimaque, Séleucus et Cassandre se le donnèrent, ce qui put flatter sa vanité, sans mettre fin aux compétitions.

Démétrius ne réussit pas dans une attaque contre Ptolémée, assiégea Rhodes, fit avec elle un traité, et revint à Athènes, où le retenaient les élégances de la vie commune et des habitudes secrètes de débauche. Nommé à Gorinthe généralissime con-tre les Macédoniens, il vint demander à Athènes de nouvelles complaisances. On avait épuisé pour lai les bassesses, il fallut lui sacrifier les dieux, et il fut initié à la fois aux petits et aux grands mystères. C'était un dieu que l'on recevait, et le chant conservé par Athénée (1), témoigne d'autant d'enthousiasme que d'impiété.

Est-il étonnant qu'on lui ait sacrifié la vieille orga-

(1) Deipnosophistes, liv. \I.

278 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

nisation de la cité? Deux tribus nouvelles, qui prirent les noras d'Antigoniàs et de Déraétrias, furent jointes aux dix tribus de Clisthénès, et le conseil compta dès lors six cents membres. L'augmentation du nombre ne fit celle ni de l'indépendance, ni du patriotisme.

Une quatrième ligue, conclue en 302, amena une bataille décisive à Ipsus en Phrygie (301). Antigone avait contre lui tous les généraux, soixante-quinze mille hommes, quatre cents éléphants et cent vingt chars armés de faulx. Il fut vaincu et tué. Lysimaque, Séleucus, Ptolémée et Cassandre restaient seuls. Démétrius, accompagné de Pyrrhus, trouva un refuge sur sa flotte, et malgré sa défaite, conserva encore Tyr, Sidon et Cypre. Il se dirigeait vers Athènes, lorsqu'un député vint lui déclarer qu'elle avait résolu de ne plus souffrir de rois dans ses murs. L'extrême ingratitude suit de près l'extrême adulation.

Démétrius fut profondément affligé de ce procédé que tout aurait dû lui faire prévoir, mais il ne perdit pas l'espoir d'un retour de fortune et d'un renouvellement de faveur. En 296, il assiégea Athènes que le tyran Lacharès tenta de défendre contre lui.

Lacharès avait profité des factions qui avaient agité la ville après le départ de Démétrius Poliorcète, pour s'emparer du pouvoir. Il usa de son autorité sans mesure, et pour la satisfaction de ses instincts de' cruauté, ses appétits avides et ses habitudes de débauche. « La tyrannie de Lacharès et celle de Denys ne furent pas moins funestes aux Athéniens et aux Syracusains qu'à ces tyrans eux-mêmes, qui, en faisant souffrir les autres, n'étaient pas moins

Page 1