CHAPITRE V
tourmentés, et s'attendaient à recevoir un jour la punition des maux qu'ils leur faisaient endurer (1). »
11 ne fut pas moins lâche que cruel et dissolu. Dès la première attaque, il s'enfuit, et les portes furent ouvertes à Démétrius. Il se montra généreux, se plaignit au lieu de menacer, fit distribuer au peuple épuisé par la disette, cent mille mesures de blé, rétablit le gouvernement démocratique, mit garnison au Pirée, et battit deux fois Sparte, la vieille rivale de la ville dont il portait si haut l'amour, et dont il défendait si mal les véritables intérêts.
Démétrius devint en 294 roi de Macédoine, et forma les plus vastes projets. Une cinquième ligue, après l'avoir obligé à se retirer dans le Péloponèse, le détermina à passer en Asie, où il fut vaincu et pris par Séleucus (286).
Les ennemis de Démétrius avaient appelé les peuples de la Grèce à la liberté. Athènes fit alliance avec Ptolémée, et n'eut pas de peine à se débarrasser de sa garnison.
La bataille de Cyropédion en Phrygie (281), entre Lysimaque et Séleucus, réduisit à deux, par la mort du premier, les royaumes formés de la succession d'Alexandre, et l'assassinat de Séleucus (280) rendit nécessaire un nouveau partage. L'Europe, l'Asie et l'Afrique se séparèrent pour ne plus se trouver réunies que sous la domination romaine.
(1) Plutarque. On ne peut vivre en suivant la doctrine d'Èpicure. Le rapprochement de Lacharès et de Denys tient k ce fait que Lacharès enleva le manteau d'or dont Périclès avait couvert la statue d'Âthéna, tandis que Denys détacha d'une statue d'Apollon sa barbe d'or, sous prétexte que Z'^us n'ayant pas de barbe, son fils n'en pouvait avoir. Ce double sacrilège fut puni par la chute des deux tyrans.
280 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
A. La Grèce fut envahie en 279 par un corps de Gaulois que les historiens disent composé de cent cinquante mille fantassins et de vingt mille cavaliers. Les Grecs unirent leurs forces pour repousser ces nouveaux ennemis. Athènes fournit mille hoplites, six cents cavaliers et sa flotte. Elle eut l'honneur de commander l'armée commune en la personne de Colippos. Les dieux se défendirent eux-mêmes, car Delphes ayant été pillé, ils montrèrent, dit la légende, qu'ils n'ont pas besoin, pour exterminer leurs ennemis, des armes humaines. Les Gaulois auraient été anéantis par une tempête extraordinaire qu'aida l'armée grecque (278), ce qui ne les empêcha pas de reparaître.
La Macédoine a sur la Grèce une suprématie qui n'est pas toujours onéreuse, et les villes obéissent à des tyrans qui abusent souvent de leur pouvoir, sans racheter ces excès par des services. Ce n'est plus la domination d'abord peu sensible, puis étroite et absolue de Sparte, l'héi^'émonie plus honorable et glorieuse d'Athènes, l'autorité passagère de Thèbes, l'influence tortueuse et habile de Philippe, le gouvernement hautain d'Alexandre, ni même l'action directe de ses mobiles successeurs. La Grèce, soumise à des influences diverses, sans esprit général, sans lien, est une réunion accidentelle de villes et d'États ; elle ne connaît plus la solidarité.
Il existait autrefois, d'après Hérodote, une confédération de douze villes dans l'Achaïe, qui ne se mêla que malgré elle aux affaires du Péloponèse, et aurait voulu éviter de prendre parti entre Athènes et Sparte. Elle éprouva le contre-coup de ces événe-