‹ Les institutions d'AthènesChapitre 151 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

guerre avec les Achéens, et en 246, Aratus prit les armes contre elle. Elle venait de vaincre les Béotiens et menaçait le Péloponèse. Aratus fit entrer Corinthe dans la ligue, et essaya de détacher les Athéniens d'Antigone. Il poursuivait partout les tyrans, mais il fut vaincu par Aristippos, maître d'Argos. Lydiadès, de Mégalopolis, se dépouilla devant lui de la tyrannie, sans se dépouiller de son ambition, et il ne fut plus possible d'en douter, lorsque le pouvoir eut été alternativement exercé par eux pendant six ans.

5. Les petits tyrans tombèrent l'un après l'autre. Athènes, soutenue par la ligue achéenne, chassa la garnison macédonienne qu'elle subissait depuis plusieurs années, et l'unité de la Grèce semblait se faire devant un triple danger : les aventuriers qui devenaient subitement les maîtres, les Macédoniens qui, selon les circonstances, allégeaient ou appesantissaient le joug, et les Romains qui descendaient en Illyrie et se montraient avec leur redoutable esprit de domination.

Pendant la tentative de réforme d'Agis et de Gléomène, Athènes resta spectatrice indilïérente. Les deux ligues, toujours jalouses et toujours en armes, en vinrent aux mains, et les Achéens vaincus n'hésitèrent pas à s'adresser à la Macédoine. Philippe III, qui avait succédé en 221 à son oncle Antigone Doson, prépara la guerre et réunit autour de lui, avec la ligue, les Thessaliens, les Phocidiens, les Béotiens, les Acarnaniens, les Eubéens et les Messéniens. Il vainquit les Étoliens, fit la paix (217), soumit la

Grèce, et lorsque Aratus voulut employer auprès de lui, en faveur de ses concitoyens, le crédit auquel lui donnaient droit ses services, il se débarrassa par le poison (-213) de celui dont il n'avait accepté le concours que dans son propre intérêt.

Plus le péril augmentait pour la Grèce du côté de la Macédoine, et de la part de cet ennemi de l'occident qui aurait dû réunir toutes les volontés, plus les défiances et les haines devenaient vives de cité à cité. Les Grecs étaient partout comme marchands, comme artistes, comme maîtres d'éloquence et de philosophie, comme soldats et généraux. Ils cherchaient, non plus la gloire, mais le profit, et si la valeur se montrait encore quelquefois avec des restes de la vieille discipline, c'est à des mercenaires qu'il faut en faire honneur. La décadence morale précède et prépare la décadence politique et la chute définitive des États. Tout ce qu'il y avait de généreux et d'élevé en Grèce s'était affaibli et abaissé ; tout ce qu'il y avait de vicieux et de misérable avait acquis le plus redoutable développement.

Combien il y avait loin des dispositions des esprits et des cœurs à ces maximes que Thucydide met dans la bouche de Périclès (1), et qui étaient saluées par l'assentiment enthousiaste des Athéniens pieusement réunis au Céramique! « La passion de la gloire est la seule qui ne vieillisse pas.... Le bonheur est dans la liberté, et la liberté dans le courage. » Il y avait dans le langage la même pureté, dans les manières la même élégance, dans les relations la même

(1) Oraison funèbre des guerriers morts dans la 'première guerre du Péloponèse.

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