‹ Les institutions d'AthènesChapitre 152 sur 335 · CHAPITRE V 5S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V 5S

urbanité, mais la duplicité avait pris la place de la réserve, el à la sage prudence s'était substituée une ruse qui ne reculait devant aucun moyen.

Il n'est pas un écrivain qui ne signale les caractères de cette corruption, et ceux-là même qui ne s'en émeuvent pas, ne permettent pas d'en douter. Athénée a recueilli sur ce point des témoignages écrasants (1). Diodore de Sicile raconte qu'à l'époque de la conquête romaine, on disait : « Qu'on m'appelle coquin, pourvu que je gagne, » et l'on s'abordait dans le voisinage des tribunaux en se disant : « Prête-moi ton témoignage, à charge de revanche (2). »

L'argent est le maître de la Grèce et il en conduit les événements. Athènes semble disparaître, et on est tenté d'y voir pour elle une dernière gloire; car il vaut mieux croire à une réserve volontaire qu'à une indifférence coupable.

Elle a besoin sans doute d'Aratus pour se débarrasser de la garnison macédonienne et reprendre Salamine.. mais il était plus sage pour elle de rester à l'écart, que de se mêler à des intrigues dont le but n'était pas toujours honorable et à des guerres qui n'avaient qu'un résultat : l'affaiblissement de tous ceux qui y prenaient part.

Elle ne pouvait repousser les insultes des pirates de Chalcis, ni les tentatives de la garnison de Corinthc, ni les ravages des bandes d'Aiarnanes. Elle n'avait plus que quelques vaisseaux. Que pouvait-elle donc faire pour elle-même et pour la liberté géné-

(1) Sur Démétrius de Pbalère, 12, 60; sur Antiochus Théus, 7, 35 — 10, 10; sur les villes de Syrie, 12, 13; sur le philosophe Anaxarque, 12, 70. (2) XXXVII, 20.

raie de la Grèce ? Il est vrai qu'elle restait la ville de l'esprit, des plaisirs et de la suprême élégance dans la corruption.

6. La Macédoine était en rapport, et presque en lutte ouverte avec Rome, au moment oii commençait la deuxième guerre Punique. Philippe avait conclu avec Annibal un traité dont les stipulations étaient onéreuses, qu'il exécuta mal, et qui le fit cependant attaquer par Rome. Il dut, après une rencontre sur mer qui le rejeta sur le rivage, brûler sa flotte à l'embouchure de l'Aoûs (214).

La politique romaine envahit la Grèce avant les armées qui devaient la conquérir. On négocia partout; Rome avait pour chacun le langage qui convenait à ses intérêts , et pendant que Sparte se tournait de son côté par haine contre la ligue achéenne, Athènes, obéissant au regret qu'éprouvent ceux qui ont été puissants de descendre un rang inférieur, essayait de retrouver dans une aUiance lointaine ce qu'elle ne pouvait plus espérer d'elle-même (211).

Le contraste est saisissant entre Rome et la Grèce : d'un côté, un peuple jeune, énergique, confiant en lui-même, et joignant au courage ce que l'antiquité appelait la vertu, c'est-à-dire un dévouement absolu à la patrie ; de l'autre, des cités vieilUes par la corruption intérieure, les factions et la domination de l'ennemi, sans vigueur, irrésolu, ne sachant où se retremper, et de jour en jour plus étranger aux mâles inspirations d'une foi religieuse et politique.

Il ne faut pas croire tout le mal qu'on dit des vaincus, ni accepter tous les éloges prodigués aux

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