CHAPITRE V
Le nom d'Athènes disparaît dans ces dernières luttes pour l'indépendance. Par lassitude, par indifférence ou par le juste sentiment de ses forces, elle s^était réfugiée dans une complète neutralité. Il a manqué à sa gloire d'être restée jusqu'au bout fidèle à sa glorieuse mission, et de tomber comme le dernier rempart de la Grèce.
Son histoire n'est pas finie, et son nom reparaît encore dans les derniers temps de la république et sous l'empire. Elle resta reine par l'esprit et le goût. Elle eut des rhéteurs et des sophistes, des artistes et des mimes; On alla y étudier l'éloquence et y admirer les chefs-d'œuvre que le vainqueur n'avait pu enlever, mais on n'y enseigna plus à aimer sa patrie et à la défendre au prix de tous les sacrifices.
«Belle Grèce, s'écriait de nos jours un grand poète (1), reste déplorable d'une gloire antique! tu n'es plus, et cependant tu es immortelle ; tombée, tu es grande encore. Qui guidera maintenant tes enfants dispersés, qui détruira les habitudes d'un long esclavage? Hélas! ils ne sont plus ces Grecs qui, marchant à un trépas certain, trouvèrent un glorieux tombeau au défilé des Thermopyles! 0 Grèce! quel guerrier sera inspiré de leur généreux courage ? Quel est celui qui, s'élançant des rives de l'Eurotas, te rappellera du séjour de la mort? w
L'épitaphe du poète, digne du tombeau de la grande nation, n'est pas définitive. La Grèce est redevenue un État et Athènes en est la capitale.
(1) Byron, Ckild-Harold, chant II, 33.