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CHAPITRE VI

des rois a plus de droits et une plus haute influence que tout autre citoyen. Il semble, en effet, l'ennemi naturel des abus et le protecteur nécessaire des intérêts légitimes.

La fortune considérable de sa famille avait été diminuée par la générosité imprévoyante de son père. Les offres de ses amis auraient pu la rétablir. Il aima mieux compter sur le commerce, et de bonne heure, il voyagea. Peut-être aussi s'éloigna-t-il de sa patrie, moins « dans le but de trafiquer et de s'enrichir, que dans le dessein de connaître et de s'instruire (1). » Il acquit deux choses importantes : la fortune et l'expérience.

Il s'adonna à la poésie , peut-être comme distraction d'une vie occupée. La licence de ses premières œuvres, sa vie délicate et sensuelle n'annonçaient pas un législateur. Plus tard, « il mit en vers des maximes philosophiques, et fit entrer dans ses poèmes plusieurs choses relatives à son administration politique, non pour en faire Thistoire et en conserver le souvenir, mais pour servir à l'apologie de sa conduite (2). » Du reste, il cultivait alors, de préférence, la partie de la morale qui traite de la politique.

Le Scythe Anacharsis le visita pendant qu'il rédigeait ses lois et le railla de son entreprise. « Les lois, lui dit-il, seront pour les Athéniens des toiles d'araignée; elles arrêteront les faibles et les petits; les puissants et les riches les rompront et passeront à travers. — Cependant, lui répondit Solon, les hommes

(1) Pldtaroce. Solon, 2.

(2) Plutarque, Solon, 4.

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gardent les conventions qu'ils ont faites entre eux, quand aucune des parties contractantes n'a intérêt à les violer. Je ferai donc des lois si conformes aux intérêts des citoyens, qu'ils croiront eux-mêmes plus avantageux de les maintenir que de les transgresser (1). »

Les Mégariens s'étaient emparés de Salamine que les Athéniens avaient essayé vainement de leur reprendre. Cet insuccès excita un tel mécontentement, qu'une loi interdit, sous peine de mort, de proposer la continuation de cette guerre.

Solon, indigné de cet abandon, contrefit l'insensé. Ceux de sa maison, soit parce qu'ils furent trompés, soit parce qu'ils voulurent seconder ses projets, avouaient qu'il avait perdu la raison. Un jour, il parut brusquement sur la place publique, et, au milieu du peuple accouru de toutes parts, monté sur la pierre d'où les hérauts faisaient leurs proclamations, il récita une élégie dans laquelle il poussait le peuple à s'armer et à reconquérir Salamine.

C'était l'avis d'un grand nombre : mais nul n'osait l'exprimer de peur de tomber sous le coup de la loi. Inspirée par les sentiments les plus patriotiques, remplie d'accents guerriers, l'élégie de ce fou qui montrait tant de sagesse , enflamma les courages. Le décret fut révoqué, la guerre déclarée, et Solon nommé général.

Il enleva Salamine en mêlant la ruse à la force et repoussa les Mégariens; mais ils reprirent l'offensive, et comme la guerre se prolongeait avec des alternatives diverses, il fut convenu de s^en rapporter à l'arbitrage des Lacédémoniens.

(1) Plutarque, Solon, 6.

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