‹ Les institutions d'AthènesChapitre 163 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sagesse.... L'État le plus parfait est en même temps le plus heureux et le plus prospère. Le bonheur ne peut jamais suivre le vice. L'État, non plus que l'homme, ne réussit qu'à la condition de la vertu et de la sagesse; et pour l'État, le courage, la sagesse, la vertu, se produisent avec la même portée, avec les mêmes formes qu'elles ont dans l'individu (1). »

Solon le comprit mieux qu'aucun législateur. C'est ce que prouvent les conseils qui accompagnent ses lois et le caractère éminemment moralisateur de sa réforme.

Il ne vise pas à être présenté comme un homme extraordinaire, ayant découvert ce qui est caché aux autres. Il ne prétend pas avoir trouvé dans son esprit ce qu'il a pToposé aux Athéniens comme un moyen d'échapper aux malheurs qui les frappent. Solon est un sage, et, en cette qualité, il recueille de toutes parts ce qu'il croit pouvoir convenir au peuple. C'est le sentiment que lui prête Lucien et que sa vie tout entière justifie.

Dans le dialogue intitulé : Anacharsis ou les Gymnases^ Solon dit au philosophe scythe : « Plus tu m'instruiras et plus tu réformeras mes opinions, plus tu rendras de services à notre cité. Loin de le cacher, je serai le premier à publier ce bienfait. Je me rendrai aussitôt dans le Pnyx, et je dirai au peuple assemblé : Citoyens d'Athènes, c'est moi qui vous ai donné les lois que j'ai crues les plus conformes à l'utilité de la république. Cet étranger que vous voyez — et je te montrerai, Anacharsis, — est un

(1) ÂRISTOTE, Politique, IV, 1, 5.

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Scythe, mais c'est un sage : il a modifié mes opinions, il m'a enseigné à connaître des principes et des institutions bien préférables. Inscrivez-le donc au rang de vos bienfaiteurs et élevez-Uii une statue d'airain à côté des fondateurs de cette ville et d'Athéna même (1). »

2. Solon songea d'abord à guérir le mal qu'il considérait comme le plus redoutable et le plus pressant : les dettes. Il ne les abolit pas, ce qui eût été un moyen violent, peu d'accord avec la justice dont il devait donner l'exemple. Il les diminua, faisant voir aux pauvres, dans cette mesure, une vive sollicitude pour leurs intérêts, et aux riches, la volonté de ne pas les dépouiller. « La mine ne valait que soixantetreize drachmes ; elle fut portée à cent : de manière que ceux qui devaient des sommes considérables, en donnant une valeur égale en apparence, quoique moindre en effet, gagnaient beaucoup sans rien faire perdre à leurs créanciers (2). » Et si Solon se glorifie, dans ses poésies, d'avoir fait disparaître de l'Attique les écriteaux qui désignaient les terres engagées pour dettes, on peut l'entendre de cette libération, aussi bien que de celle qui aurait résulté d'un entier abolissement.

La détresse de l'Attique venait surtout de la cherté des objets nécessaires à la vie. Cette cherté fut due à la transformation de la monnaie qui, d'abord marchandise, était devenue bientôt une valeur de convention. Elle avait donné naissance à l'usure, et

(1) Chap. XVII.

(2) Plutarque, Solon^ 20.

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