CHAPITRE VI
l'usure avait rapidement élargi la distance qui séparait les riches des pauvres, envenimant les haines, atteignant, dans son intégrité, la petite propriété, et jetant le désordre dans les esprits et dans les héritages.
Indépendamment de la modification du prix de la mine, il restreignit le droit d'hypothèque ; le débiteur ne fut plus réduit en esclavage, et la dignité du citoyen se trouva préservée, en même temps que sa personne.
L'État donna l'exemple; il libéra ses débiteurs, renonça aux amendes, rappela les citoyens proscrits pour dettes, et leur rendit les droits perdus. Après avoir limité pour le moment le taux de l'intérêt, il le laissa libre à l'avenir, afin de favoriser les entreprises hardies.
Pour éviter l'accumulation des propriétés dans les mêmes mains, il fixa une limite à la possession. La petite culture fut ainsi protégée, les héritages restèrent dans les mêmes mains, et la richesse acquise par le commerce ne fut plus un danger pour l'équilibre social.
Cependant cette réforme produisit des abus qui firent accuser Solon, et des plaintes qui auraient risqué de compromettre sa réforme si la vérité ne finissait par avoir raison. Quelques-uns de ses amis profitèrent, pour s'enrichir, de la connaissance qu'ils avaient de ses projets, et on lui prêta une complaisance ou une complicité que repoussaient également son énergie et sa probité. D'autres, qui avaient compté sur une confiscation générale des biens et un partage égal, s'élevèrent contre lui, l'accusant de n'avoir pas
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agi autrement que les ambitieux, qui promettent toujours sans se mettre en peine de l'exécution.
Cette double injustice ne résista pas à l'ascendant de la vertu de Solon. La première réforme avait montré la sagesse de ses vues et l'énergie de sa volonté. Il reçut de ses concitoyens la charge de refaire les lois et de donner à sa patrie un gouvernement nouveau. « Ils lui conférèrent un pouvoir si étendu qu'il se trouva maître des charges, des assemblées, des délibérations, des jugements; qu'il pouvait créer tous les officiers publics, régler leurs revenus, leur nombre, la durée de leur administration, et révoquer ou confirmer à son gré tout ce qui avait été fait avant lui (1). »
Un pouvoir aussi étendu aurait été dangereux dans certaines mains. Il devint pour Solon un instrument de bien, et la modération de son esprit jointe à la rectitude de sa volonté éloigna tout abus et tout excès.
5. Il abrogea les lois de Dracon qu'avait inspirées une erreur pareille à celle qu'enseignèrent plus tard les stoïciens. Toutes les fautes lui ayant paru égales, il les avait punies du même supplice, et ce supplice était la mort. Solon ne conserva que celles qui frappaient le meurtre , parce que la peine lui parut en rapport avec le crime.
Cette réforme, commandée par l'équité, fut accueillie avec reconnaissance, et mit fin à un état violent, car la sévérité des peines, loin d'assurer la paix, fait sortir le trouble et les violences de la terreur. (1) Plutarque, Solouy 21.