‹ Les institutions d'AthènesChapitre 166 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mais qui, dans la suite, devint très considérable ; car la plupart des procès étaient portés devant les juges, et l'on appelait au peuple de tous les jugements que rendaient les magistrats (I). »

Montesquieu apprécie en ces termes cette distribution sociale : a Selon divisa le peuple en quatre classes. Conduit par l'esprit de la démocratie, il ne Les fit pas pour fixer ceux qui devaient élire, mais ceux qui pouvaient être élus; et, laissant à chaque citoyen le droit d'élection, il voulut que dans chacune de ces quatre classes, on pût élire des juges , mais que ce ne fût que dans les trois premières où étaient les citoyens aisés, qu'on put prendre les magistrats (2). »

Dans un autre endroit de ce livre où la profondeur est souvent plus apparente que réelle, où l'erreur côtoie la vérité, mais où les institutions apparaissent avec leurs principes et leurs effets, Montesquieu fait sur cette organisation les réflexions suivantes :

« Quoique, dans la démocratie, l'égalité réelle soit l'âme de l'État, cependant, elle est si difficile à établir, qu'une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l'on établisse un cens, qui réduise ou fixe les différences à un certain point; après quoi, c'est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités par les charges qu'elles imposent aux riches, et le soulagement qu'elles accordent aux pauvres. Il n'y a que les richesses médiocres qui puissent donner ou souffrir ces sortes de compensations, car, pour les fortunes

(1) Plutarque, ^o/on, 23.

(2) Esprit des lois, II, 2.

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immodérées, tout ce qu'on ne leur accorde pas de puissance et d'honneur, elles le regardent comme une injure (1). »

La sagesse de Solon avait voulu éviter ces dangers, et en compensant les avantages par des charges, établir un équilibre durable.

Si l'on s'en rapporte aux poésies de Solon, ce n'est pas aveuglément qu'il a donné au peuple tous les tribunaux. Si ses lois étaient écrites, elles laissaient encore une très large place à l'interprétation, et ceux de qui dépendaient les jugements avaient en réalité, dans un gouvernement où tout citoyen pouvait intervenir pour l'accusation ou la défense, une influence considérable.

2. Le système établi par Solon a reçu le nom de timocratie, qui signifie pouvoir du cens.

Il importe de se rendre compte de ses motifs.

La terre a été, dans toute l'antiquité, la première richesse. Elle a, chez tous les peuples, donné des droits à ceux qui la possédaient. Ce qui crée à Athènes la supériorité politique, c'est une vaste possession territoriale. En réalité, Solon ne portait pas ainsi une atteinte à la situation des vieilles familles. Elles possédaient depuis longtemps le territoire si restreint, et par conséquent précieux de l'Attique. Cette possession avait fait leur première richesse, et cette richesse avait assuré leur prépondérance.

C'est à elle qu'elles devaient encore, dans la constitution de Solon, le premier rang , et la participation au gouvernement était proportionnelle à l'impor-

(1) Esprit des lois, V, 3.

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