‹ Les institutions d'AthènesChapitre 167 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tance du revenu. Ces citoyens étaient également libres, mais leurs droits politiques variaient , puisque toutes les charges ne s'ouvraient pas indifféremment devant eux.

Cette hiérarchie faisait la solidité du corps social, où chacun occupait sa place et contribuait à l'harmonie générale par l'inégalité même de ses aptitudes.

Quant à ceux dont la fortune était mobilière, et par conséquent moins stable, ils n'avaient aucune part aux magistratures. Solon ne voulut pas que l'État fût à la merci de ceux dont la situation était incertaine, et pouvait, à tout instant, être compromise. Sans doute, « l'argent fait l'homme fl), » selon Pindare, et Ton sait quel rôle il a joué dans tous les temps ; mais il ne fait pas le citoyen, et Solon plaça dans la propriété territoriale la condition de l'influence politique, parce qu'il prétendait attacher l'Athénien au sol, et le soustraire aux caprices d'une fortune passagère.

On ne cessa pas de poursuivre la fortune par l'industrie et le commerce, mais on se montra jaloux de conserver le bien patrimonial, ou de se créer des droits politiques, en achetant, même aux prix les plus élevés, les terres qui devenaient vacanteé". Ces terres cessèrent d'être inaliénables, mais elles ne furent pas moins précieuses, et l'aristocratie, soutenue à cet égard par les prescriptions formelles de la loi, regarda comme un devoir de ne jamais s'en dessaisir.

Toute l'antiquité a mis l'agriculture au premier rang des occupations de l'homme. Elle est, en effet, la

(1) Isthmiques, II, 2,

grande nourricière. Elle forme les corps vigoureux, les âmes simples et énergiques. Le soldat laboureur a toujours été le premier en bravoure et en fidélité. Est-il donc étonnant que Solon ait fait de la possession du sol la condition de la seule supériorité qui fut reconnue dans un pays que l'égalité soumettait à ses lois?

3. Les quatre classes prenaient part également aux assemblées du peuple qui élisaient les magistrats, votaient les lois, décidaient de la paix et de la guerre, et jugeaient en dernier ressort.

Le privilège de juger était de la plus haute importance. Les lois, peu nombreuses, ne se rapportaient qu'aux cas généraux. Il était de l'intérêt de tous que les juges eussent à la fois de la clairvoyance et de l'indépendance. De là vinrent les tribunaux nombreux établis à Athènes, et entre lesquels tous les citoyens étaient répartis, car le peuple ne pouvait pas se désintéresser de ce qui touchait à la fois les particuliers et la cité. Il resta le juge suprême.

Tout citoyen put prendre la défense d'un Athénien insulté. Solon expliqua la raison de cette prescription, lorsque, interrogé un jour sur la ville qu'il trouvait la mieux policée , il répondit : « C'est celle où tous les citoyens sentent l'injure qui a été faite à l'un d'eux, et en poursuivent la réparation aussi vivement que celui qui l'a reçue (1). d

Il en résultait entre tous les citoyens une solidarité, qui portait très haut le renom et l'influence de la ville, et formait un corps qui puisait sa force

(1) Plutarque, Solon, 23.

Page 1