CHAPITRE VI
rissait les citoyens pauvres et ceux que l'on avait jugés dignes de cet honneur. Les lois s'y trouvaient par conséquent dans le lieu le plus facilement abordable.
On croit qu'il avait séparé le droit civil du droit sacré, afin qu'on pût les étudier isolément. Il ne les croyait cependant pas indépendants l'un de l'autre, et, comme tous les législateurs qui ont le sentiment vrai des intérêts du peuple et la connaissance des principes constitutifs de toute organisation humaine , il donna à la religion la part qui lui appartient. <( Solon, dit Curtius (1), a mis en relief les deux conditions fondamentales sans lesquelles une société politique ne peut prospérer : l'attachement inébranlable aux principes religieux et moraux qui doivent régir la vie publique, et le libre développement de tous les rapports et de tous les droits individuels. »
Il avait profité de la présence d'Épiménide à Athènes pour réveiller le sentiment religieux. La terreur inspirée par des faits extraordinaires qui semblaient manifester la colère des dieux, avait déterminé le peuple à appeler ce sage. Grâce à son influence, Solon put mettre sa législation sous la protection des dieux, et s'appuyer sur la piété publique.
Épiménide régla les dépenses du culte et des funérailles, substitua des sacrifices à des coutumes barbares, fonda des temples, purifia la ville par des cérémonies et des expiations, développa dans tous les cœurs l'amour de la paix et le respect des choses
(1) Hist. grecque^ I, 2, p. 427.
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sacrées, réforma les mystères, érigea des autels et régénéra le culte des grandes déesses (1).
Les peu}3les se sont toujours honorés par leur respect pour les morts. Athènes louait publiquement ceux qui avaient donné leur vie pour la patrie, et leur accordait une sépulture publique. Primitivement on inhuma les morts, puis on les brûla. Des tertres, des monuments perpétuèrent ces souvenirs pieux. Ces tombeaux étaient dans le voisinage de la ville et dans les propriétés particulières. Plusieurs fois leurs inscriptions furent invoquées pour établir des droits sur le sol, et constater une possession plus ou moins éloignée.
On les entretenait avec une touchante sollicitude. On y déposait des ustensiles et des objets qui avaient été chers au défunt. On prolongeait jusque dans la mort les habitudes et les préférences de la vie, et l'on ne pouvait croire que tous les liens fussent rompus entre ceux qui avaient eu des intérêts communs et des affections mutuelles. Une loi, qui ne fut pas longtemps en vigueur, interdisait d'élever des monuments dont la construction aurait exigé plus de trois jours d'un travail assidu de dix ouvriers.
Solon condamna les manifestations trop bruyantes de douleur. Après les obsèques on se réunissait dans un repas. Le troisième, le neuvième et le trentième jour, on offrait aux dieux des sacrifices. Le deuil était alors fini, et rien de ce qui avait servi à ces cérémonies n'était conservé. Platon (2) regarde les funé-
(1) Oq regrette la perle de quatre mille vers qu'il avait composés Sur Rhadamante et Mines. Us nous auraient appris bien des choses.
(2) Premier Ilippias.