CHAPITRE VI
railles comme la plus belle fin de l'homme arrivé à un grand âge, après avoir joui de la richesse, de la santé et du respect de ses contemporains.
Les Athéniens, qui étaient si jaloux de ne rien devoir qu'à eux-mêmes, se montraient fiers de ces emprunts faits à la Crète. Cette grande île, qui eut toujours quelque chose de mystérieux dans l'antiquité, et qui n'a pas joué le rôle que semblaient lui assurer sa situation et la sagesse de ses législateurs, était la contrée que les dieux aimaient, et où Zeus fut nourri et élevé. On pouvait avouer qu'on en avait reçu quelque chose.
Quand un peuple respecte l'autorité divine, il s'incline plus facilement sous l'autorité humaine. La piété, qui adoucit ses mœurs, dirige sa conduite dans les voies de la justice, et le calme heureux de son esprit et de son cœur devient le garant de la paix et de la prospérité publiques.
Solon nota d'infamie tout citoyen qui, dans une sédition, ne s'était déclaré pour aucun parti. Cette loi « a paru bien extraordinaire, dit Montesquieu (1) ; mais il faut faire attention aux circonstances dans lesquelles la Grèce se trouvait pour lors.
» Elle était partagée en de très petits États; il était à craindre que, dans une république travaillée par les dissensions civiles, les gens les plus prudents ne se missent à couvert, et que, par là, les choses ne fussent portées à l'extrémité. »
2. Solon régla les mariages, proscrivit les dots dans ceux oii l'on n'épousait pas des filles uniques, et
(1) Esprit, XXIX, 3.
réduisit à trois robes et à des meubles de peu de valeur ce qu'elles apportaient à leurs maris, afin que cette union cessât d'être un objet de trafic et de lucre et devînt une société intime.
Les mœurs, plutôt que la loi, devaient obtenir ce résultat, mais la prescription législative avait pour effet de seconder ce que Soion recherchait par-dessus tout : la formation du citoyen par la dignité dans la famille, et l'élévation de l'esprit et du cœur dans l'individu par l'influence religieuse.
L'autorisation accordée à une riche héritière, qui n'avait point d'enfant de son mari, d'en choisir un autre parmi ses parents, a été blâmée par les anciens, alors même qu'ils ont reconnu que le but du législateur avait été d'interdire les mariages uniquement formés par l'intérêt.
Il était défendu de dire du mal des morts, d'injurier un citoyen « dans les temples, les tribunaux, les assemblées, les jeux (1). » Cette loi fut la cause ou le résultat de la politesse, qui est restée, à travers les siècles, le trait distinctif du caractère athénien. Le respect mutuel se traduit en égards, et l'habitude donne à la fois à l'esprit et au corps ce qui fait leur souplesse, leur éclat et leur charme.
Gomment ne modérerait-on pas la langue, trop souvent instrument des plus grands désordres dans les familles et dans l'État? Gomment ne punirait-on pas ce qui entretient les animosités et nourrit les passions? Si l'on a le droit de tout dire à l'égard d'un citoyen, comment n'arriverait-on pas à croire que tout est permis contre lui et contre l'autorité qui le protège?
(i) Plutarque, Sol on, 27.