‹ Les institutions d'AthènesChapitre 173 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

» Il voulait que l'on donnât par choix les magistratures civiles, qui exigeaient une grande dépense, et que les autres fussent données par le sort.

» Mais, pour corriger le sort, il régla qu'on ne pourrait élire que dans le nombre de ceux qui se présenteraient, que celui qui aurait été élu serait examiné par des juges, et que chacun pourrait l'accuser d'en être indigne (l) : cela tenait en même temps du sort et du choix. Quand on avait fini le temps de sa magistrature, il fallait essuyer un autre jugement sur la manière dont on s'était comporté. Les gens sans capacité devaient avoir bien de la répugnance à donner leur nom pour être tiré au sort. »

3. Le désordre politique et social était grand, lorsque, a uniquement soutenu par sa sagesse et la confiance qu'il inspirait, » Solon (2) essaya de le guérir. Il en avait été vivement ému. Ses vers (3) témoignent de sa pitié pour ces « pauvres qui s'en vont en foule sur une terre étrangère vendus et chargés de chaînes honteuses.... Le mal public atteint chacun chez lui; les portes des cours ne peuvent l'arrêter. Il s'élance au-dessus des hautes barrières, et trouve celui qui s'enfuit jusque dans sa retraite obscure et dans son lit. »

Il fallait donc poursuivre ce mal avec une ferme activité, mais tout excès eût été un danger nouveau. A la vivacité des plaintes, à l'impatience des désirs, il fallait opposer une volonté énergique, et offrir

(1) V. DÉMOSTHÈNE^ De la fausse ambassade et contre Timarque.

(2) Plutarque, Soloji, 21,

(3) Fragments de ses poésies gnomiques.

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des réformes progressives. Vouloir aller d'un coup jusqu'au bout, prétendre renverser violemment ce que l'habitude avait déjà consacré, c'eût été compromettre le résultat. Toute la politique de Solon semble renfermée dans ces mots : rien de trop, et toute sa sagesse consiste à ne prescrire que ce qui est possible.

Il le dit dans ce fragment de ses poésies cité par Plutarque (1) : « Ce sont les grands qui détruisent la cité, et le peuple, par son ignorance, est tombé dans la servitude monarchique. J'ai donné au peuple sa part de pouvoir sans lui ôter rien de ses honneurs, sans rien donner de trop à personne. Les puissants et les riches dignes d'envie, je leur avais enjoint de ne rien posséder injustement. »

Démosthène (2) cite les vers suivants dans lesquels Solon a exposé sa politique de modération et de paix.

« Notre ville ne périra jamais, ni par la vengeance de Zeus, ni par le courroux des dieux immortels et bienheureux. La généreuse Pallas Athéna, fille d'un père puissant, veille sur nous, et d'en haut, son bras nous protège. Mais un autre danger menace cette grande cité. Il vient des citoyens euxmêmes qui, dans leur égarement, cèdent à la séduction de l'or; il vient des chefs du peuple qui méconnaissent la justice, et, à force d'orgueil, attirent sur eux-mêmes des calamités sans nombre. Car ils ne savent ni contenir leur dédain, ni mettre une mesure aux jouissances.... Ils s'enrichissent en s'abandonnant à des actes criminels. Ils dérobent sans

(2) Procès de l'Ambassade, 254.

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