CHAPITRE VI
respecter ni ce qui est aux dieux ni ce qui appartient au peuple....
)) Le désordre est le plus grand fléau pour notre ville. L'ordre fait régner partout l'harmonie et l'accord, en même temps il met des entraves aux méchants, aplanit ce qui est rude, réprime le dédain, abat l'orgueil, et sèche en sa fleur l'envahissante moisson du mal. Il redresse les jugements qui ne sont pas droits, adoucit les superbes, fait cesser les divisions et tarit le fiel de la discorde afl'reuse. Sous son empire, tout chez les hommes est à sa place, tout est sensé. »
C'est cette habile pondération que reconnaît et que loue Aristote. « Pour Solon, dit-il, il n'avait accordé au peuple que la part indispensable de puissance, c'est-à-dire le choix des magistrats, et le droit de leur faire rendre des comptes; car, sans ces deux prérogatives, le peuple est ou esclave ou hostile (l). »
Ce sage tempérament caractérise la législation tout entière de Solon, et la distingue de la législation rude et inflexible de Lycurgue.
Une loi dispensait un fils de nourrir son père qui ne lui avait pas fait apprendre un métier. « Accommodant bien plus les lois aux choses, que les choses aux lois (2), » Solon frappait l'oisiveté dont les conséquences auraient été extrêmement dangereuses pour la république. Elle aurait engendré la pauvreté et provoqué des révolutions. « Solon, dit Montesquieu (3), fit un crime de l'oisiveté, et voulut que
(1) Politique, II, 9, 4.
(2) Pldtaroue, Solon, 36.
(3) Esprit, \, 6.
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chaque citoyen rendît compte de la manière dont il gagnait sa vie. En effet, dans une bonne démocratie, oii l'on ne doit dépenser que pour le nécessaire, chacun doit l'avoir, car de qui le recevrait-on ? »
Selon voulait, par le travail, créer. le bien-être individuel et la fortune publique. Cependant, il ne désirait pas pour les sujets de l'État qu'il constituait, une richesse qui les éloignât du travail. Il avait rendu la pauvreté honorable, parce qu'il ne souffrait pas qu'elle fût le résultat de la paresse. « Point de honte ici, dira plus tard un homme qui a connu sa patrie autant qu'il Ta aimée (1), à avouer sa pauvreté, mais nous en mettons beaucoup à ne rien faire pour en sortir. Le même Athénien soigne à la fois ses affaires domestiques et celles de l'État; et tel, livré à un travail manuel, ne manque pas de connaissances politiques. »
Le travail pouvait donc augmenter la fortune du citoyen : le maniement des affaires de l'État ne devait lui apporter aucun avantage pécuniaire, puisque les magistratures étaient gratuites. Si elles semblaient, pour ce motif, réservées à quelques-uns, nous voyons cependant, par un témoignage important, qu'elles pouvaient être exercées par des hommes d'une condition m.odeste et tenus à l'exercice d'un métier.
Solon permet de tuer celui qui est surpris en adultère, condamne à cent drachmes d'amende celui qui fait violence à une femme, et défend aux Athéniens de vendre leurs tilles et leurs sœurs, à moins qu'ils ne les aient surprises en faute avant leur mariage.
(l) Périclès, Oraison funèbre; dans Thucydide, liv. II.