‹ Les institutions d'AthènesChapitre 176 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

du peuple, et quel attrait la nouveauté exerce sur lui. Il était sans illusion sur la mobilité du caractère athénien.

Aussi, ne donna-t-il pas ses lois comme devant être perpétuelles. Il leur assigna un terme assez éloigné, pour que l'expérience pût être complète, assez rapproché pour que la cité capricieuse ne se crût pas liée à jamais.

Il enfit jurer l'observation pour cent ans. Combien de législateurs seraient heureux d'une pareille durée pour leur œuvre!

Ensemble de la législation de Selon.

1. Il essaya de rendre son absence utile à la ville. Il avait beaucoup appris dans ses premiers voyages. Convaincu qu'on apprend toujours, habitué aux avantages et aux résultats de l'observation, il demanda à diverses contrées des exemples propres à confirmer ou à modifier les résolutions qu'il avait prises.

Il croyait avec raison que l'expérience d'autrui ne peut qu'être profitable à celui qui l'étudié avec le désir d'en profiter. On apprend ainsi à se défier de soi-même, et l'on acquiert une persévérance qui devient la condition et la garantie de succès durables.

Il visita l'Egypte, où il recueillit des renseignements précieux; Cypre, où il fut l'ami d'un roi.

336 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

Philocyre, dont il transporta la ville dans un lieu où il la pourvut « de tout ce qui pouvait y faire régner l'abondance et contribuer à sa sûreté (1). »

Il vit à Sardes Crésus, ne fut point ébloui par sa magnificence, ni convaincu de la solidité de son pouvoir, fit entendre des vérités, et donna des conseils qui auraient sauvé le roi s'il avait eu la sagesse de les écouter, ou la force de les mettre en pratique. Son nom lui fut du moins utile. Vaincu à Thymbrée (548) et conduit au bûcher, Crésus s'écria : « Solon! Solon! » Cyrus voulut avoir l'explication de cet appel suprême. «Cet homme sage, dit le roi de Lydie, augurant, d'après ma manière de vivre, ce qui m'arrive aujourd'hui, m'avertissait d'envisager la fin de mon existence, et de ne pas m'enfler d'orgueil par une confiance présomptueuse et un bonheur incertain (2). »

Éclairé par ce conseil et touché par cette infortune, Cyrus délivra Crésus et le traita honorablement. Solon, en supposant que cette anecdote soit vraie, aurait été utile, non seulement à Athènes et pendant sa vie, mais au dehors et après sa mort. En son absence, Athènes avait été en proie aux séditions. Trois partis la divisaient, et les compétitions étaient très ardentes. On observait encore les lois de Solon, mais tous aspiraient à un changement et chacun espérait y gagner.

Il revint et fut reçu avec les témoignages les plus expansifs de l'affection et de la reconnaissance. Comme il ne pouvait parler en public à cause de son

(1) Plutarque, Solon, 36.

(2) Plutarque, Solon, 38.

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