‹ Les institutions d'AthènesChapitre 177 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

âge et de sa santé, il s'efforça de réconcilier entre eux les chefs des partis, qu'il appelait à des entretiens particuliers. Il savait qu'il est difficile de faire entendre raison à la foule. Elle est accessible à la passion, mais elle écoute avec peine et sans fruit le langage qu'inspire la sagesse et que soutient la modération. Le moindre souffle l'agite , et elle est rarement assez calme, assez éclairée pour entendre même le langage de l'intérêt.

Il comptait avec raison sur l'influence que lui donnaient, auprès des plus expérimentés, les services qu'il avait rendus. Il formait ainsi l'opinion, et trouvait des auxiliaires chez ceux-là même qui auraient été, sans cette précaution, ses plus ardents et plus tenaces ennemis.

Pisistrate, chef de ceux delà montagne, et qui avait autour de lui la tourbe des mercenaires, ennemis déclarés des riches, paraissait entrer dans les vues de Selon, et Selon disait de lui que « si Ton pouvait déraciner de son âme cette ambition démesurée, cette soif de dominer dont il était dévoré, il n'y aurait pas dans Athènes de meilleur citoyen, ni d'homme plus fait pour la vertu (1). »

Pisistrate se blessa volontairement, et souleva la multitude enlui persuadant que ses ennemis l'avaient frappé pour le punir de son amour pour elle. Ariston demanda qu'on lui donnât des gardes pour sa protection. Selon s'y opposa, mais le peuple confirma le décret, et Pisistrate put non se défendre contre un danger imaginaire, mais s'emparer de la citadelle, dominer la ville, et mettre tout à sa discrétion. (1) Plutabque, Soîon, 39.

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Solon ne se découragea pas. Il parut sur la place publique, reprocha aux Athéniens leur imprudence , et les pressa de ne pas trahir la cause de la liberté. « Avant ce jour, dit-il, il vous eût été facile de réprimer la tyrannie naissante ; maintenant qu'elle est établie, il sera plus grand et plus glorieux de la détruire (1). » — « Qui donc vous inspire tant de courage? lui disait-on en le voyant attaquer la tyrannie? — Ma faiblesse, » répondit-il.

Ses exhortations et ses conseils furent inutiles. Il rentra chez lui, posa ses armes devant sa porte, afin de constater son impuissance, en protestant qu'il avait défendu jusqu'au bout la patrie et les lois.

Il aurait voulu rester désormais étranger à tout, voyant dans sa vieillesse seule une protection contre la tyrannie; mais il pouvait être encore utile, et il ne s'y refusa pas.

Devenu complètement maître, Pisistrate maintint la plus grande partie des lois de Solon, les fit observer, et s'y assujettit lui-même. Solon devint son conseiller, et l'administration du tyran se ressentit de sa confiance dans le législateur.

On croit qu'il mourut vers 559, laissant à sa patrie de grands exemples de sagesse et une législation dont les dispositions essentielles se maintinrent pour la gloire et la prospérité d'Athènes.

2. Solon n'était pas ennemi des délassements agréables. La grandeur de sa tâche n'enlevait rien à sa douce bienveillance. « Ce que j'aime encore aujourd'hui, disait-il dans sa vieillesse, ce sont les dons de

(1) Plutarque, Solon, 42.

Cypris, de Dionysos et des Muses : ils font le bonheur des mortels. »

La poésie, qu'il cultiva toujours, fut un moyen d'atteindre son but de législateur. En 604, par sa poésie d^e Salamine, qui se composait de cent vers, il détermina les Athéniens à faire une nouvelle tentative pour reprendre l'île que les Mégariens leur avaient enlevée, et ils y réussirent.

Son élégie sur l'anarchie, conservée presque tout entière par Démosthène, peint vivement les maux des troubles populaires et y oppose les biens qui naissent des sages institutions. C'est une préface éclatante à sa réforme législative.

On croit qu'il voulait mettre en vers ses lois. Il se servit du moins de la poésie, pour montrer la grandeur de son œuvre et en vanter les bienfaits. Ses élégies expriment la pensée générale qui a présidé à son système politique , et permettent de juger à la fois de l'ardeur de son patriotisme et de la sûreté de ses vues.

Ses dernières années furent consacrées à des études diverses dont il exprimait les résultats en vers. Le mot qu'on lui prête : « Je vieillis en apprenant toujours )) semble être la devise d'une vie laborieusement utile.

Il attachait une grande importance à la poésie comme moyen de moralisation et de perfectionnement. Dans ses voyages en lonie, il avait recherché et suivi la tradition homérique. Il prescrivit aux rhapsodes, qui prenaient part aux fêtes des grandes Panathénées, de suivre dans la récitation de ces vers un ordre conforme au plan du poème.

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C'était un premier travail qui fut continué par Pisistrate, pais par son fils Hipparque, et qui ne fut terminé que plusieurs siècles après. Pisistrate a bien pu, dans une épigramme, dire : « C'est moi qui ai rassemblé les chants d'Homère auparavant disséminés de tous côtés, » mais il a eu un prédécesseur et des successeurs. Il est glorieux pour Solon, législateur, d'avoir uni son nom à celui du plus grand des poètes.

3. L'antiquité a rendu hommage à la législation de Solon et aux vues qui l'ont inspirée. Le dialogue de Lucien intitulé : Anacharsis ou les Gymnases, renferme d'intéressants renseignements.

Solon et Anacharsis assistent à des exercices de gymnastique, et, comme le philosophe scythe s'étonnait de voir des jeunes gens se frappant mutuellement, se couvrant de boue et de poussière, Solon lui montre l'utilité de ces travaux. Il les défend comme son œuvre, et avec les arguments qui les ont fait imposer aux jeunes Athéniens. Il n'y a pourtant rien d'excessif dans ce développement du corps. « Que d'autres, dit Périclès (l), à force d'exercices, et dès leur enfance, se fassent au métier du courage ; sans passion pour une éducation si rude, nous n'opposons pas à nos ennemis de moins redoutables adversaires, et l'expérience l'a prouvé. »

Périclès rapprochait Athènes de Sparte, et l'on sait à laquelle des deux il reconnaissait la supériorité.

L'exercice du gymnase présente d'abord une utilité qui n'exclut pas le plaisir, et procure au corps

(1) Thucydide, Oraison funèbre des guerriers morts, liv. II.

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