‹ Les institutions d'AthènesChapitre 178 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

une vigueur singulière. Ensuite, le vainqueur est considéré comme supérieur à tous ses concitoyens, et remporte des prix qui sont pour lui le plus grand honneur, quoiqu'ils soient modestes. «A Olympie, c'est une couronne d'olivier sauvage ; à l'isthme, une couronne de pin; elle est faite d'ache à Némée ; à Pytho, on donne des fruits cueillis aux arbres consacrés à Apollon; et chez les Athéniens, aux Panathénées, des olives provenant des oliyiers de la déesse (1).»

Et comme Anacharsis rit, Solon répond : « Ces faibles présents ne sont que les indices, les signes extérieurs de la victoire : la gloire, qui en est la conséquence, est d'un prix inestimable pour les vainqueurs. C'est pour elle que Ton trouve beau de recevoir des coups de pied, quand on poursuit par ses travaux une bonne renommée, car on ne peut l'obtenir sans peine (2). »

Les grandes récompenses sont comme les éloges exagérés. Elles ne tardent pas à s'avilir. On n'estime les manifestations de l'admiration, que si elles sont rares et en proportion avec l'objet auquel elles s'adressent. Dans la Grèce , et particulièrement à Athènes, les récompenses les plus modestes suffisent. On ne les prodigua pas. Horace a dit avec raison (3) :

La Grèce fut toujours avare de louanges,

et c'est pour les mériter que tant d'hommes ont prodigué leur génie, leurs travaux et leur vie.

Anacharsis s'étonne qu'il n'y ait qu'un seul vain-

(1) Lucien, 9. (2) Lucien, 10.

(3) Art poétique, 32â.

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queur, et que, pour ce seul prix, il supporte tant de fatigues. Solon lui répond, sans s'offenser de la comparaison par laquelle son interlocuteur place les Scythes au-dessus de ses compatriotes : « Si tu es curieux de savoir un jour ce qui peut donner à un Etat la constitution la plus parfaite, et rendre les citoyens aussi bons que possible, tu approuveras alors ces exercices et l'ardeur avec laquelle nous les cultivons ; tu reconnaîtras l'utilité mêlée à ces laborieuses épreuves qui te paraissent aujourd'hui tout à fait stériles (1). »

Solon attachait un grand prix aux victoires remportées dans les assemblées générales de la Grèce. Il allouait cent drachmes du trésor aux citoyens vainqueurs dans les jeux Isthmiques, et cinq cents aux vainqueurs des jeux Olympiques (2).

Ceux-ci étaient entretenus aux frais du trésor dans le Prytanée : ni les esclaves, ni les courtisanes ne pouvaient porter un nom illustré par ces victoires (3). On voulait avoir à louer seulement ou à récompenser ceux dont la vie était pure, et qui avaient fait preuve de dévouement. Ces réserves dans la gloire en augmentaient le prix.

La disproportion entre ces récompenses et celles que l'on obtenait pour des services rendus à la patrie, vient de ce que, dans le premier cas, on acquérait une gloire de luxe, et que, dans le second, on faisait simplement son devoir.

Anacharsis n'a quitté la Scythie que pour s'instruire

(1) Lucien, Anacharsis, 14.

(2) Plutarque, Solon.

(3) Athénée, liv. XIIF.

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