CHAPITRE \- 1 3 i
des mœurs et des coutumes de la Grèce. Il tient donc à pouvoir se rendre compte de tout, et Solon lui répond que les jeunes gens ont été exercés à de si rudes travaux, afin de voir le bien qui en résulte pour la cité tout entière et pour eux-mêmes.
« Il est, en effet, un autre combat proposé à tous les citoyens vertueux, lui dit Solon. La couronne n'en est pas de pin, d'ache ou d'olivier sauvage; mais elle renferme en elle-même la félicité publique : c'est la liberté de chaque citoyen en particulier et de la patrie en général ] la richesse , la gloire , la célébration paisible des solennités établies par nos ancêtres, la conservation de nos biens; en un mot, les faveurs les plus brillantes que l'on puisse souhaiter des dieux : tous ces biens sont tressés dans la couronne dont je parle, et ne peuvent s'acquérir que parle combat auquel ces exercices préparent (i). »
4. Anacharsis est de plus en plus intéressé; il désire aller plus loin, et Solon consent à parler, à condition que tout ce qu'il dira subisse une critique sévère , et que la conversation soit soumise aux lois qui règlent les paroles de l'orateur devant l'Aréopage.
« Une ville, lui dit-il, n'est pas à nos yeux un assemblage d'édifices tels que des murs, des temples, des arsenaux ; toutes ces constructions forment, il est vrai, un corps solide, qui offre aux habitants une demeure sûre et permanente ; mais pour nous, l'élément essentiel de la cité, ce sont les citoyens {^ï). »
(1) Lucien, Anacharsis ^ 15.
(2) LuciE>-, 20.
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Aristote avait donné la même idée de la cité en la présentant d'une manière plus complète : « La cité, c'est l'association du bonheur et de la vertu pour les familles et les classes diverses d'habitants, en vue d'une existencecoraplète quise suffise à elle-même (1).))
Aussi, la principale attention des Athéniens est de « veiller à ce que les citoyens aient une âme bien placée, avec un corps plein de vigueur, convaincus que de pareils habitants feront fleurir la cité pendant la paix, la défendront pendant la guerre et la maintiendront heureuse et libre (2). »
Les mères, les nourrices, les pédagogues font la première éducation, et après avoir enseigné aux enfants les sciences et les exercices de l'âme, on les accoutume à la fatigue. « Nous ne croyons pas, en effet, qu'il suffise à l'homme de demeurer, soit pour le corps, soit pour l'âme, tel qu'il est sorti des mains de la nature ; mais nous avons besoin du secours de l'éducation, qui peut seule améliorer les dispositions naturelles, ou transformer en bonnes qualités les dispositions vicieuses (3). »
On enflamme par la musique et l'arithmétique les jeunes âmes; on leur apprend la lecture et l'écriture; on récite, pour les former, les maximes des philosophes célèbres, les faits illustres de l'antiquité, les discours utiles, les actions héroïques.
On leur fait étudier les lois, on les met en contact avec des hommes vertueux « qui leur enseignent leurs devoirs, la pratique de la justice, l'égalité
(1) Politique, III, 5.
(2) Lucien, 20.
(3) Lucien, Anacharsis^ 20.