‹ Les institutions d'AthènesChapitre 180 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

civile, l'éloignement du mal, le désir du bien, la fuite de toute violence (1). »

Les théâtres leur apprennent, par « les vertus et les vices des hommes du temps passé, à éviter les uns et à imiter les autres. » Les vers, les chants, les costumes, tout l'appareil théâtral sont autant « d'aiguillons pour les âmes et poussent la jeunesse au bien. »

Athènes paraît, dès lors, avoir tout fait concourir à l'éducation du citoyen. Former les âmes lui paraissait le moyen le plus sûr de rendre souverain l'empire des lois. Les cérémonies religieuses, les fêtes, les pompes, les spectacles, la participation à la vie publique étaient autant de moyens qui entretenaient l'activité intellectuelle, développaient le goût, et en donnant de grandes idées, assuraient la supériorité morale.

Solon énumère ensuite ce qui rend les corps souples, vigoureux, légers, et propres aux travaux de la paix et aux exercices de la guerre. Ils apprennent à courir, à lutter dans la poussière et dans la boue. Ces exercices sont continuels, et Solon dit avec raison que « plus on épuise la vigueur par des travaux, plus elle coule en abondance. »

L'amour de la gloire, inspiré de bonne heure, devient le principe des actions les plus éclatantes; et ainsi s'expliquent les épreuves auxquelles à Sparte et à Athènes on soumet les jeunes gens. Athènes y met plus de modération : « Ce serait un spectacle sauvage, une cruauté révoltante, et de plus inutile, que de faire égorger de braves guerriers qui pour- (1) Anacharsîs, 22.

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raient, un jour, nous servir avec plus d'avantage contre les ennemis (1). »

Sparte emploie des moyens plus violents, en rapport avec la rudesse de son génie, afin d'avoir « des citoyens d'une patience à toute épreuve, supérieurs à tous les maux, et capables ainsi de sauver la patrie (2). »

Et lorsque Anacharsis, frappé de ce que Solon vient de lui dire à l'éloge de Sparte, lui demande pourquoi il n'imite pas Lycurgue en faisant fouetter les jeunes gens, le législateur athénien lui répond : « Il nous suffit, Anacharsis, de nos gymnases, institution toute nationale ; nous ne nous soucions pas beaucoup d'imiter les coutumes étrangères. »

Cette imitation n'était guère possible. Athènes se tint toujours très loin, par son caractère et ses habitudes, des pratiques qui, à Sparte, imposaient aux âmes, non moins qu'aux corps, une discipline dont l'effet était de violenter sans cesse la nature. Athènes formait des citoyens propres à tous les actes de la vie intellectuelle, politique et sociale. Sparte n'aspirait qu'à faire des soldats, et elle sacrifiait tout à ce but.

5. Les lois de Solon étaient athéniennes dans leur esprit et leurs prescriptions. Elles servirent de modèle à la législation de diverses villes, mais chacune en modifiâtes exigences selon ses besoins. Rome, qui devait, vers 451 (3), rendre à la supériorité de la Grèce un hommage involontaire mais significatif,

(l) Anacharsis, 37. (2) Anacharsis, 38.

(3) Envoi de commissaires en Grèce pour recueillir des lois destinées au peuple romain.

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