CHAPITRE VI
imprima un caractère spécial aux emprunts qu'elle fit aux lois de Solon.
Thucydide en résume l'inspiration et les effets dans le discours de Périclès, le panégyrique le plus noble et le plus mérité de la grande cité. « Nous avons une constitution qui n'emprunte ses lois à personne, et, loin d'imiter les autres, nous servons nousmêmes d'exemple. Elle s'appelle démocratie, parce qu'elle s'applique, non au petit nombre, mais au plus grand. Dans les différends entre particuliers, la loi est égale pour tous ; quant aux dignités, chacun, suivant le mérite qui le distingue, est ordinairement préféré pour les emplois publics, non pas à cause de son parti, mais de ses vertus. Ni Tindigence, ni l'obscurité n'écartent personne, s'il peut être utile à l'État. Libres dans l'exercice de nos droits politiques, confiants dans le commerce journalier de la vie, nous voyons sans colère notre semblable se permettre quelque jouissance, et nous ne lui montrons pas ce front chagrin qui, s'il ne punit point, fait souffrir (1). Malgré cette facilité dans nos relations privées, nous respectons, par-dessus tout, l'ordre public, mais par soumission aux lois, à celles principalement qui protègent les opprimés, ou qui, sans être écrites, impriment un déshonneur généralement reconnu (2). »
Solon laissait donc une double influence : celle du code qu'il avait rédigé, et celle des mœurs qu'il s'était efforcé de former par ses enseignements et ses exemples.
Il était interdit de faire usage d'une loi non
(1) Allusion évidente à Sparte.
(2) Livre II, 34.
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écrite (1). On évitait ainsi l'arbitraire. Les lois de Sparte n'étant pas écrites, les magistrats avaient une liberté qui laissait une trop large place à l'intelligence et à l'honnêteté personnelles. A Athènes, le peuple composait les tribunaux. Il était donc nécessaire que chaque citoyen connût les lois et les peines qu'elles édictaient. C'est par ce trait, plus peut-être que par l'organisation politique, que la démocratie athénienne se distinguait des oligarchies et des aristocraties des autres cités de la Grèce.
Il y avait à Athènes les lois d'en haut et les lois d'en bas (2). Les premières, rédigées par Solon luimême, étaient conservées, en original, dans l'Acropole. Elles restaient immuables. Les autres avaient subi des modifications suivant les variations de l'état politique. On les gardait au Prytanée, dans la partie basse de la ville, oii elles pouvaient être consultées. On ne distinguait pas ce qui venait de Solon de ce qui avait été successivement ajouté. Ce n'était probablement pas sans intention que les Athéniens se prêtaient à cette confusion. Le respect pour l'œuvre de Solon s'étendait à tout ce qui l'avait complétée.
D'après Plutarque (3), Solon <( fit écrire des lois sur des rouleaux de bois en forme d'essieux, qui tournaient dans les cadres où ils étaient enchâssés. On en conserve encore des fragments dans le Prytanée, et, suivant Aristote, on les appelait cyrbes.... D'autres prétendent qu'on ne donnait le nom de cyrbes qu'aux tables dont les lois réglaient les céré-
(i) Andocide, Des mystères.
(2) Toùç xàTieôev, xoù; avwOev vofiouç (Polliix).
(3) Solon, 34.