CHAPITRE VI 3i
raonies de la religion et des sacrifices ; les autres étaient simplement appelées tables. »
Nul n'était censé ignorer la loi. C'est après l'avoir exposée tout entière devant le peuple, que Solon en fit jurer pour cent ans l'observation. Il crut ce temps assez long pour en assurer l'empire, et assez court pour permettre au peuple de croire qu'il obtiendrait l'abrogation de ce qui lui paraissait trop dur.
Des magistrats furent chargés de veiller à la conservation des tablettes sur lesquelles la loi était écrite (1). Le texte fidèlement conservé était la garantie du respect que l'on devait garder pour ses prescriptions. Plus tard, lorsque, après l'expulsion des Trente tyrans, Athènes se sentit libre, on grava ces lois sur le mur dit portique royal.
Il eût mieux valu les graver dans le cœur des Athéniens, mais c'était plus difficile.
Samuel Petit a renfermé en trente-neuf chapitres les lois qui, d'après le témoignage des historiens, des orateurs, des polygraphes et des inscriptions, étaient attribuées à Solon. Quelques-unes ont été déjà indiquées dans la vie de Solon; les autres trouveront leur place dans l'étude des diverses institutions. Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est que, malgré des modifications nombreuses et profondes imposées à la législation primitive, son esprit régna en souverain à Athènes et fut le principal instrument de sa grandeur.
La source la plus abondante est dans les orateurs attiques (2).
(1) Pollux, VIII, 8.
(2) Voir ScnELLiNG, De Solonis lerjibus apucl oratores atticos. BerUn, 1842, pp. 104-107.
350 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
La législation de Solon est véritablement athénienne. Lycurgue aurait été impuissant à Athènes, comme Solon à Sparte. Les lois, émanation des principes de justice éternelle dans leurs prescriptions essentielles, doivent être appropriées à l'esprit, à la situation, aux besoins, aux aptitudes du peuple auquel elles sont destinées. Une règle uniforme serait impuissante ou funeste. Les lois sortent des mœurs qu'elles aident à maintenir ou à réformer.
Ainsi, la connaissance des lois d'un peuple explique son histoire, et son histoire n'est que la mise en œuvre de sa législation.
On peut dire que le caractère général de la législation de Solon est la modération. Le génie athénien le lui avait-il inspiré, ou ce caractère a-t-il laissé son empreinte sur la cité?
Athènes resta en tout dans les limites de la plus exacte mesure. Les arts et la littérature s'éloignèrent de tout excès. Elle recherchait en politique ce qui était possible, sans repousser ce qui demandait de Théroïsme, et rarement son enthousiasme lui inspira des résolutions imprudentes ou funestes.
Avec la mobilité ionienne, cela peut paraître étrange, mais ce caractère de tempérament universel ne peut être mis en doute, et il suffit à expliquer la sévère beauté de ses œuvres littéraires et artistiques, comme la sagesse de sa politique et la durée de son influence morale.
Solon fut grand, parce qu'il voulut ce qui était juste, aima ses concitoyens et connut son temps. Il pratiqua d'une manière constante, et sans rien abandonner de ses principes, une politique dont il est facile