CHAPITRE VII
tout ce qui avait rapport à la religion (1), » mais il n'y eut pas accord entre eux. La jalousie les divisait, et l'orgueil des premiers mettait un obstacle invincible aux prétentions d'égalité des seconds. Ils furent les maîtres tour à tour, et c'est à leur antagonisme qu'il faut attribuer les révolutions qui changent la race des rois.
La fusion s'opéra pourtant entre ces familles. Elles gardèrent leur nom et le souvenir d'Ton et d'Érechthée, mais, en présence de l'accroissement des deux autres classes, les Eupatrides réunirent leurs efforts, afin de conserver leurs privilèges.
C'était une aristocratie impénétrable dans les premiers temps, et dont les divisions ne cessaient que pour faire face à un danger commun. La royauté la contint. Plus libre sous l'archontat perpétuel qui était son œuvre, elle devint dominante sous l'archontat décennal. L'archontat annuel semblait devoir consolider son pouvoir. Mais les luttes intestines agitèrent Athènes pendant près d'un siècle, et il fallut recourir à Solon pour discipliner les prétentions des Eupatrides et porter remède aux maux du peuple.
Les grands furent les vaincus dans cette réforme, et la prépondérance que leur donnait la naissance passa à la propriété. Elle resta entre leurs mains, mais à un autre titre, et ce titre put être acquis par d'autres. C'était un pas vers la démocratie.
Les luttes des Eupatrides entre eux ne cessent pas cependant. L'illustration et la fortune donnent à certaines familles des avantages dont elles prétendent
(1) Plutarque, Thésée, 23.
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se servir. Aussi, voit -on leur main dans tous les troubles intérieurs, et leurs prétentions dans les guerres, les traités et les alliances.
Les Eupatrides, lorsque Solon fit sa législation, étaient pour le maintien de ce qui existait. Lorsque, sans cesser d'être les premiers dans les tribus, ils envahirent presque exclusivement la première classe, ils durent croire leur domination établie à jamais, car seuls ils pouvaient remplir les fonctions d'archonte ; mais fidèle à la tradition de Thésée, respectueux pour l'esprit démocratique d'Athènes, Solon accorda aux autres citoyens des libertés qui les dédommagèrent de ce qu'ils paraissaient perdre dans l'organisation timocratique.
- La lutte entre les deux éléments qui se disputaient la prépondérance dans toutes les villes de la Grèce, excepté à Sparte, où l'oligarchie resta maîtresse pendant plus de six siècles, eut aussi Athènes pour théâtre. Elle n'y fut pas moins aiguë, ni moins sanglante qu'ailleurs. Les Eupatrides furent souvent les maîtres, mais le gouvernement ne perdit jamais, ni au dedans, ni au dehors, son caractère démocratique.
3. ^Les géomores, ou tenanciers du sol, formaient le second ordre de la population d'Athènes, et jouissaient de la plénitude des droits de citoyen. Ils constituaient la classe moyenne. Attachés au sol, mais avec des possessions peu étendues, ils servaient de lien entre les deux partis extrêmes de la cité. « La stérilité des terres, dit Montesquieu (1), rend les
(1) Esprit des lois, XVIII, 4.