‹ Les institutions d'AthènesChapitre 188 sur 335 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

hommes industrieux, sobres, endurcis au travail, courageux , propres à la guerre : il faut bien qu'ils se procurent ce que le terrain leur refuse. » Cette nécessité trempa vigoureusement le caractère des géomores. Obligés de demandera des terres, enfermées entre les grands domaines des Eupatrides, pierreuses et brûlées par les ardeurs du soleil, leur nourriture et celle de leur famille, ils trouvèrent la fortune dans le travail ; et, pendant que quelques-uns restaient attachés à ce labeur fécond, d'autres, se confiant à la mer, faisaient des échanges et acquéraient la richesse mobilière qui manquait aux Eupatrides. ., Ceux-ci faisaient une base solide à la cité parleur organisation qui continuait à travers les siècles les traditions des grandes familles dont l'histoire remplit Y Iliade et V Odyssée. Ceux-là, par leur ambition et les tentatives commerciales qu'elle inspirait, lui donnaient le mouvement et la vie. Ils subirent longtemps la supériorité des Eupatrides, furent les partisans des diverses familles, qui se disputaient le pouvoir, sans aspirer encore à en devenir les rivaux, et s'élevèrent peu à peu tout entiers à la fortune, en attendant que vint le jour où ils pourraient avoir un rôle politique.

La féodalité de V Iliade paraît à peine en Attique. On y retrouve plutôt des traces de l'organisation sociale de VOdyssée. Les rois gouvernent, appuyés sur les peuples qu^ils consultent, et avec lesquels ils comptent. Bientôt, l'aristocratie se substitue à la royauté, et, malgré le pouvoir dont elle dispose, elle reconnaît et respecte les droits du citoyen.

Dans les luttes engagées pour le pouvoir entre les

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Eupatrides anciens et les Eupatrides nouveaux, ou entre les diverses familles de ces deux grandes classes, le rôle des géomores devient de plus en plus important. Ils sont riches et nombreux; ils exercent, par conséquent, l'influence qui appartient à ces deux grandes forces. Les progrès de cette influence préparent l'avènement du pouvoir démocratique. A mesure qu'ils s'élevaient, ils inspiraient à ceux qui étaient au-dessous d'eux le désir de sortir de leur sphère, et un même mouvement se produisait dans la population tout entière. La démocratie athénienne se forma donc — et c'est son trait dislinctif — par l'ascension successive dans l'échelle sociale jusqu^au degré le plus élevé, où les privilèges de quelques-uns deviennent les droits de tous.

Q Thésée avait mis ce principe dans sa monarchie. Les Ioniens lui avaient donné une impulsion vigoureuse, sans porter atteinte à la forme gouvernementale. C'est aux géomores qu'est du le succès de la réforme de Solon, qui, tout en leur ouvrant l'accès des grandes magistratures, trompa cependant leurs espérances, et les força d'en ajourner la réalisation. C'est à eux, après la révolution pacifique de Clisthénès, qu'appartient l'entreprise hardie d'Aristide, brisant les quatre classes, et appelant indistinctement tous les citoyens aux charges de la république.

, Ce rôle de la classe moyenne, à laquelle les historiens ne font pas habituellement sa part dans l'administration intérieure et dans les événements militaires d'Athènes, est important à signaler. Les Eupatrides avaient pour eux lagrande possession territoriale, la tradition d'une fortune ancienne, les avantages de

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