‹ Les institutions d'AthènesChapitre 189 sur 335 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

la naissance, et malgré la différence des temps, on peut leur appliquer ce que Pascal disait des nobles du xvii^ siècle : « C'est un grand avantage que la qualité qui, dès dix-huit ou vingt ans, met un homme en passe, connu et respecté, comme un autre pourrait avoir mérité à cinquante ans; c^est trente ans gagnés sans peine (1). »

Les géomores, de leur côté, habitués à une vie active, à l'ordre, à l'économie, aux voyages, se trouvaient tout préparés aux fonctions administratives et aux commandements militaires. Avec moins de prestige, ils avaient une égale aptitude, et après avoir rapproché les Eupatrides et les démiurges, ils crurent pouvoir, dans l'intérêt commun, et en vertu des droits que leur donnaient la fortune et les services, aspirer à toutes les magistratures.

•4..^Les démiurges étaient les artisans et les marchands. Ils ne furent jamais dédaignés dans une ville où l'oisiveté était punie comme un délit, et où chacun pouvait être tenu de faire connaître ses moyens d'existence.

L'état pastoral et la culture du sol, les premières occupations de l'homme, ont gardé longtemps dans les sociétés humaines un honneur particulier. La terre ne donna bientôt plus à Thomme tout ce qui lui était nécessaire. Il fallut travailler, transformer ses produits, afin de répondre à des besoins de jour en jour plus nombreux et plus pressants.

On vit alors naître et se développer les premiers métiers. Ceux qui les exercèrent, en se mettant à la (l) Pensées, art. V, IG.

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disposition de leurs compatriotes, aliénèrent la liberté que donne le travail des champs, et se trouvèrent inférieurs à ceux qui cultivaient le sol qui leur appartenait. Mais ils conservèrent la qualité et les droits du citoyen, et comme ils habitaient la ville, ils ne restèrent étrangers à rien de ce qui s'y passait. ^Cicéron a dit des artisans de Rome, même à une époque où la plèbe luttait à armes égales contre le patriciat : a Les artisans sont dans une situation infime (1). » Cette situation ne fut jamais celle de l'artisan athénien. 11 resta au-dessous du géomore et de l'Eupatride, mais la distance qui les en séparait ne pouvait l'humilier, parce qu'il avait aussi ses droits, et elle ne tarda pas à être franchie. Avant Cicéron, Aristote avait condamné l'artisan. «La constitution parfaite, dit-il, n'admettra jamais l'artisan parmi les citoyens (2). j^^Et il en donne la raison : (( Travailler aux choses indispensables de la vie, pour la personne d'un individu, c'est être esclave ; travailler pour le public, c'est être ouvrier et mercenaire (3). » En parlant ainsi, il est d'accord avec les principes qu'il a posés; mais ces principes n'étaient pas ceux des Athéniens. Ils ne croyaient pas comme lui, que les citoyens ne doivent pas travailler pour vivre, dans un État bien constitué (4), qu'ils sont tenus à n'avoir ni profession manuelle, ni commerce, ni occupation agricole (5). Ils croyaient moins encore que « l'apprentissage de la vertu est incompatible avec une vie

(l) De Officiis, lib. II. Opifices enira in infima arte versantur. (•2) Politique, III, 3, 2. (3) Politique, III, 3, 3.

(4) Voir 11, 6, 2 et III, 3,2.

(5) Voir IV, 8, 2.

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