CHAPITRE VII
d'artisan et de manœuvi-e (1). » Et voilà pourquoi ils n'avaient pas hésité à comprendre les artisans dans les citoyens.
L'honneur qu'ils accordaient au travail ne pouvait d'ailleurs que leur assurer la fortune et la considération. Les lois de Solon calm^.rent l'impatience et éteignirent les haines. Celles de Clisthénès et d'Aristide ne firent que tirer les conséquences des principes depuis longtemps admis. Les trois classes finirent pas n'en faire qu'une au point de vue politique, mais chacun garda la situation que lui faisaient sa fortune, son métier et sa valeur personnelle.
^Le démiurge était aussi marchand. Il vivait à la ville, avait sa place à l'agora, aupnyx, au théâtre, aux pompes religieuses, parcourait les mers, visitait les colonies, et, subordonné habituellement au géomore, acquérait avec lui des qualités qui lui rendaient facile l'exercice de ses droits dans l'assemblée et dans les tribunaux.
^Le nombre des démiurges était considérable. L'Attique avait peu de produits de son sol à exporter. Mais ses habitants excellaient dans les travaux qui demandaient du goût et de l'habileté. On essaya bientôt, non pas seulement de donner satisfaction aux exigences de la vie, mais encore à celles du bienêtre et du luxe. Les artisans devinrent artistes. Ils donnèrent à tout ce qui sortait de leurs mains l'élégance et la grâce que le génie ionien a toujours répandues sur ce qu'il a touché. Ils s'élevèrent ainsi, grâce à l'utilité et à la perfection de leurs ouvrages. La situation de cette classe nombreuse, active,
(1) Politique, III, 3, 3.
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laborieuse, s'améliora donc rapidement, et si elle resta inférieure aux deux autres, elle se montra digne d'être associée à tous ses projets, et de contribuer, comme elles, à l'influence souveraine de la patrie commune.
%>En réalité, ce qui établissait entre elles la séparation, c'était la naissance dont Athènes ne respecta pas toujours les privilèges; c'était la fortune qui, moins jalouse, était accessible à tous, parce qu'elle s'acquérait au prix du travail, de l'ordre, de l'intelligence et de l'économie. Ce qui les rapprochait, c'était la qualité de citoyens, aussi précieuse pour le démiurge que pour l'Eupatride, et le droit de concourir, dans des conditions déterminées, au gouvernement de la république. En se retrouvant à chaque instant sur la place publique pour exercer leurs droits de citoyens, dans les tribunaux pour donner satisfaction aux intérêts privés ou réprimer des abus et des crimes politiques, ces hommes, dont la fortune était différente, mais dont les droits étaient les mêmes, s'habituaient à voir s'abaisser la barrière qui les séparait. A force de se rapprocher, ils ne distinguèrent plus entre eux les Eupatrides, les géomores, les démiurges: ils ne virent que des citoyens.
o.aAristote, cherchant « l'idée absolue du citoyen, dégagée de toutes les imperfections, » la trouve « dans la jouissance des fonctions de juge et de magistrat (1). » Peu de démiurges pouvaient remplir cette dernière condition, mais tous avaient le pou- Ci) Politique, III, 1,1.