CHAPITRE I
lions transportent sur les lieux où s'accomplissen les événements. Exacts et fidèles au milieu d'une action pleine de mouvement, ils aspirent à une entière vérité, pour la peinture des spectacles et des scènes de la nature, comme pour l'expression des sentiments et des passions du cœur humain.
Il a été facile, en parcourant les rivages de l'Asie- Mineure, de l'Eubée, les îles de l'Archipel, de constater la rigoureuse exactitude des descriptions et des épithètes d'Homère (1).
Les poètes tragiques et les poètes lyriques, si féconds en descriptions, ne sont pas moins exacts que l'auteur de V Odyssée. Ils s'adressaient à un peuple qui n'aurait pardonné ni l'ignorance, ni la fantaisie. Ils sont donc restés fidèles à la vérité, et comme ils désignent avec précision le heu où l'action se passe , on ne risque pas de se tromper sur le point digne des regards de la postérité.
Sophocle, dans Œdipe à Colone, a dit en vers immortels, auxquels se rattache un souvenir touchant (2), ce qui met au-dessus de tous les autres le petit dème où il est né, et où il place les derniers moments du malheureux roi de Thèbes :
(( Étranger, tu es venu dans le séjour le plus agréable de l'Attique, à Colone, fameuse par ses coursiers. Là, dans le fond des vallées ondoyantes, de nombreux rossignols font entendre leurs chants doux et mélodieux; ils sont abrités par l'ombre épaisse du
(1) V. PouQDEViLLK. Voyage en Morée et à Constantinople, 1805.
(2) Accusé par ses enfants d'être incapable de gérer ses biens, il aurait lu aux juges cette description. Les juges ne purent condamner celui qui exprimait, en si beaux vers, des choses si vraies.
lierre, par le sacré bocage inaccessible aux mortels, dont les arbres sont chargés de fruits, et que le soleil, les vents et les frimats ne sauraient pénétrer. Là, Dionysos toujours joyeux, se promène entouré de ses divines nourrices.
» C'est là que, sous la rosée du ciel, on voit fleurir chaque jour le narcisse aux belles grappes et le safran doré, dont les grandes déesses ont, de tout temps, couronné leur tête. Là, les eaux errantes du Céphise, dont le cours ne sommeille jamais, arrosent, en facilitant leur fécondité, les plaines fertiles que le chœur des Muses et Aphrodite, à la ceinture dorée, ne dédaignent pas de parcourir.
» Là, s'élève un arbre comme n'en produisent jamais ni l'Asie, ni l'île puissante de Pélops ; il ne fut pas planté par la main d'un mortel. Il croît de luimême et fleurit en abondance sur cette terre. C'est l'olivier au vert feuillage, qui fait reculer les ennemis et préside aux exercices de l'enfance. Jamais aucune main d'homme n'osera le détruire, car Zeus, son protecteur, veille sur lui d'un œil attentif, ainsi qu'Athéna.
» Il est encore pour notre métropole un autre titre à nos éloges, un autre don précieux qu'elle a reçu d'un Dieu puissant, et qui ajoute à sa gloire ; elle possède les beaux coursiers qu'elle excelle à sou,mettre au frein. Elle est aussi habile sur mer.
» Fils de Chronos, Poséidon, souverain des ondes, c'est toi qui l'as enrichie de ce présent, en lui faisant connaître, avant toute autre contrée, l'art de dompter les coursiers. C'est par tes leçons que ses vaisseaux, garnis de rames, maniés avec adresse, glissent