CHAPITRE I
sur les flots avec une légèreté merveilleuse et s'élancent à la suite des Néréides aux cent pieds (1).»
Comme on sent à travers cette brillante et précise description, le souffle ardent du patriotisme, et comme le poète a su réunir tout ce que la nature, les hommes et les dieux ont fait pour élever au-dessus de toutes les autres cités sa glorieuse patrie ! L'imagination ne fait que prêter ses couleurs aux sentiments qu'inspire la vue du sol natal, objet de tant d'amour.
Les siècles se sont écoulés renversant les dominations et abaissant les monuments. Ils ont été impuissants à enlever à la nature sa gracieuse jeunesse et à la découronner de son immortelle parure. C'est ce que répètent tous les voyageurs, c'est ce qu'a dit, avec autant de charme que de mesure, M. Raoul Rochette, constatant que les lieux décrits par Sophocle « n'ont pas changé d'aspect (2). »
3. L'Attique est de formation géologique relativement récente. Les fossiles, que les fouilles mettent au jour, sont les mêmes que ceux de la partie septentrionale du continent africain, placée sous la même longitude. Il est permis de supposer, d'après des productions analogues, la constitution du sol et la forme des deux contrées baignées par la même mer, qu'elles étaient autrefois réunies.
Il y a du reste, dans les écueils et les îles qui, à Test et au sud, continuent pour ainsi dire la Grèce
(1) Œdipe à Colone, chœur.
(2) Promenade d'Athènes à EleusiSf lecture faite le 3 mai 1841 la séance annuelle des cinq académies.
32 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
au sein des flots, comme un témoignage constant de l'antique union de l'Attique avec l'Asie et l'Afrique, avant la brusque invasion de la mer Intérieure.
Les flancs des montagnes n'ont pas été percés pour l'extraction des roches et des minerais, avec moins de soin que le sol des plaines pour la production de tout ce qui pouvait entretenir la vie. Athènes employa jusqu'à vingt mille esclaves aux mines du Laurion. C'est ce que constate Plutarque (1) : « Nous avons des mines extrêmement épuisées, par exemple, celles d'argent dans l'Attique. » Les Athéniens en avaient tiré des sommes considérables.
Cependant le sol renferme encore des richesses que les perfectionnements du régime des mines permettent de rechercher et de découvrir. Une compagnie franco-italienne a repris, de nos jours, les travaux du Laurion, et une véritable ville renferme une nombreuse population ouvrière. Elle s'est heurtée à des difficultés administratives qui ne l'ont pas empêchée de poursuivre avec résolution ses projets.
Ils y avaient construit des galeries qui pénétraient dans le sol profondément, et s'étendaient au loin. Leur importance est indiquée par un renseignement de Plutarque (2) : 'i Lycurgue appela en justice Diphilos, pour avoir, malgré les lois, enlevé les colonnes qui soutenaient les voûtes des mines d'argent, et s'être enrichi par cette fraude. Le crime était capital, et l'accusé fut puni de mort. Lycurgue fit prélever sur les biens de Diphilos, qui avaient été confisqués, de quoi faire au peuple une distribution de cinquante
(1) Pourquoi les oracles ont cessé.
(2) Vie de l'orateur Lycurgue, 13.