CHAPITRE Vil
voir de juger, ce qui est le trait essentiel. Il faut remarquer d'ailleurs qu'Aristote trace un idéal; aussi ajoute-t-il : « Le citoyen varie nécessairement d'une condition à l'autre ; et le citoyen, tel que nous l'avons défini, est surtout le citoyen de la démocratie (1). » »lls formaient dans l'Attique la classe supérieure, occupâieïït'toutes les charges, et quels que fussent les degrés entre eux, ils étaient regardés comme également souverains. Ils formaient une aristocratie entre les mains de laquelle se concentrait tout le pouvoir, car il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot démocratie appliqué au gouvernement athénien. « La liberté que se figuraient les Grecs, a dit Bossuet (2), était une liberté soumise à la loi, c'est-àdire à la raison même reconnue par tout le peuple. )> Cette liberté etFaçait toutes les différences de fortune ou de rang, et le titre de citoyen emporte avec lui l'idée d'un bien commun à tous.
^ Aussi, cette égalité dans la participation au gouvernement fait du peuple tout entier, par rapport au reste de la population , composée de métèques et d'esclaves, une aristocratie plus complète que celle dont Montesquieu a dit : « La meilleure aristocratie est celle où la partie du peuple qui n'a point de part à la puissance est si petite et si pauvre, que la partie dominante n'a aucun intérêt à l'opprimer. Ainsi, quand Antipater (3) établit à Athènes que ceux qui n'auraient pas deux mille drachmes (4) seraient exclus
(1) Politique, m, 1, 6.
(2) Empires, ch. V.
(3) Mort en 320.
(4) Environ 1840 fr, de no' re monnaie.
du droit de suffrage, il forma la meilleure aristocratie qui fut possible, parce que ce cens était si petit, qu'il n'excluait que peu de gens, et personne qui eut quelque considération dans la cité(l). » L'aristocratie de Montesquieu n'aurait pas satisfait un Athénien.
rfTous les citoyens formaient la démocratie, dont ils étaient si fiers, et cette démocratie dominant les métèques et pesant sur les esclaves, constituait l'aristocratie la plus jalouse de ses droits et la plus résolue à en défendre l'exercice.
^ Les citoyens étaient les Athéniens nés de père et de mère libres. C'est la définition que donne Aristote (2). « Une seule des deux conditions ne suffirait pas, ajoute-t-il ; quelques personnes poussent plus loin l'exigence et demandent deux ou trois ascendants ou même davantage. » Il ne croit pas que le domicile suffise, « car, dit-il, le domicile appartient encore aux étrangers domiciliés et aux esclaves. On ne l'est pas non plus par le seul droit d'ester en justice comme demandeur et comme défendeur; car ce droit peut être conféré par un simple traité de commerce (3). y)(he litre de citoyen est donc un privilège de naissance."^
"^ Tout père de famille était obligé de faire porter ses enfants, dès leur naissance, sur le registre de la phratrie à laquelle il appartenait. Il devait jurer que l'enfant était légitime ou adopté selon les formes déterminées par la loi (i).
(1) Esprit des lois, II, ch. III.
(2) Politique, III, 1, 8.
(3) Politique, III, 1, 3.
(4) IsÉE, De Apoll.