‹ Les institutions d'AthènesChapitre 195 sur 335 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dation d'hommes libres, » mais tout privilège doit, de sa nature, être aussi restreint que possible; plus il s'étend, plus il s'avilit. Aussi, les vieilles familles voyaient-elles avec douleur le titre dont elles étaient si fières, porté par des hommes qui ne leur paraissaient pas réunir toutes les conditions requises. Elles risquaient d'être submergées par ce déluge d'étrangers. Clisthénès, le réformateur de la législation de Solon, leur avait ouvert la voie. En 508, il avait introduit dans les tribus, dont il avait porté le nombre à dix, les étrangers et les esclaves domiciliés.

Aristote dit à ce sujet (1) : « Pour ceux-là, la vraie question est de savoir, non pas s'ils sont citoyens, mais s'ils le sont justement ou injustement. Il est vrai que, même à cet égard, on pourrait se demander encore si l'on est citoyen quand on l'est injustement, l'injustice équivalant à une véritable erreur. Mais on peut répondre que nous voyons tous les jours des citoyens injustement promus aux fonctions publiques, sans être moins magistrats à nos yeux, bien qu'ils ne le soient pas justement. »

Ces observations prouvent la haute importance que les Grecs en général et les Athéniens en particulier attachaient au droit de cité. La question de justice et d'injustice nous paraît aussi étrange qu'elle était naturelle pour ces petites sociétés jalouses des avantages qu'elles assuraient à ceux qui les composaient. Ce qui appartenait à tous n'était certainement pas diminué par la faveur accordée à de nouveaux venus, mais il fallait que personne n'ignorât ce que valait ce

(1) Politique, III, 1, 10.

tilre. et il était de Tintérèt générai qu'il fût recherciié uniquement par ceux qui auraient la certitude de réunir les conditions requises.

Périclès fit revivre la loi ancienne. Près de quatre mille individus furent jugés indignes, non pas personnellement, mais selon les conditions de leur état, de figurer dans les registres des phratries, et d'être investis des privilèges du citoyen. Ils furent vendus à l'encan. Le nombre des citoyens paraissait suffisant pour l'honneur et la défense de la ville. Périclès avait raison de rendre difficile l'accès de ce titre. Il eut tort, lorsque plus tard, dans un intérêt personnel, il autorisa ce qu'il avait condamné.

En 403, sous l'archonte Euclide, une loi exigea, pour être citoyen, que l'on fût né d'un père athénien et d'une mère athénienne. Mais cette loi n'eut pas d'effet rétroactif. Les titres accordés depuis Périclès restèrent légitimes. C'était assez d'avoir montré une fois, par une exécution rigoureuse, que l'on était disposé à veiller sur l'intégrité du dépôt- confié par le patriotisme à chaque citoyen.

On croyait généralement, dans l'antiquité, qu'un État populeux ne peut pas être bien administré. « L'ordre, dit Aristote, n'est pas possible dans une grande multitude (1). » Et, en effet, on se prémunit de toute manière contre l'excès de la population, et si les besoins de la défense n'avaient pas été si pressants, on aurait travaillé à réduire le nombre des privilégiés. Montesquieu en a fait la remarque : « Avec un petit territoire et une grande fertilité, il était facile que le nombre des citoyens augmentât et

(I) Politique, IV, 4, 5.

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