LA FAMILLE. LA CITE. LA PROPRIETE
La famille.
1. La famille est la société primitive formée pour la propagation et la conservation de l'espèce. Composée d'éléments dont la diversité forme le lien, et dont le concours assure le bonheur commun, elle est le sanctuaire de l'autorité, sans laquelle le désordre est inévitable, et de l'affection mutuelle, qui, en unissant les cœurs et les volontés, permet à l'homme de résister aux dangers qui l'environnent et de mettre la nature à son service.
Platon (1) voit avec raison en elle le principe et le modèle des gouvernements.
L'ordre, l'honneur, la puissance et la perpétuité de la famille reposent sur le mariage.
Les Grecs définissaient le mariage : l'union pour l'en-
(1) Lois, III.
400 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
seraencement des enfants (1), et les Romains disaient : « Le mariage a pour but de produire des enfants (2). »
Toute société où le mariage est réglé a des garanties d'ordre et de durée ; toute société où il dépend du caprice et de la passion, porte des germes de trouble et de dissolution.
« L'association naturelle de tous les instants, a dit Aristote (3), c'est la famille. » Nul n'a pu trouver l'origine de cette association, et tous les temps, comme tous les peuples, en ont apprécié la nécessité et les bienfaits.
La poésie ancienne et des systèmes modernes ont pu imaginer l'homme acquérant successivement la parole, et tirant de lui-même les lois qui devaient présider à sa vie et à ses rapports. Il est certain que la nécessité a été pour lui l'inspiratrice de toutes les inventions et la condition de tout progrès, mais il est impossible de comprendre l'homme créant par la réflexion et l'expérience, après en avoir débattu les avantages et les conditions, la société domestique et la société politique.
La première exista lorsque Dieu donna une compagne à l'homme, la seconde lorsque, les familles se multipliant, l'autorité du père ne fut plus suffisante pour protéger les intérêts des siens.
La famille est l'expansion naturelle de l'homme et la condition de sa perpétuité sur la terre. Ses divers éléments se présentent chez tous les peuples avec des caractères généraux qui tiennent à son essence, et
(1) rà(j.oç Itz\ Traîûwv Yvrjcritov àpoTO).
(2) Matrimonium liberorum qnœrendorum causa.
(3) Politique, I, 1, 6.