‹ Les institutions d'AthènesChapitre 213 sur 335 · CHAPITRE VIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIll

et les mœurs y pourvoyaient, et les juges ne s'inspiraient que du désir d'assurer un héritier au foyer domestique.

3. Les hommes firent d'abord des présents aux femmes qu'ils épousaient. Plus tard, la femme apporta une dot à son mari, et la reconnaissance de cette dot constituait sa dignité que ne pouvait lui disputer une concubine. Solon « proscrivit les dots pour les mariages autres que celui d'une épiclère , et régla que les femmes n'apporteraient à leurs maris que trois robes et quelques meubles de peu de valeur. Il voulut que le mariage fût moins un objet de trafic et de luxe, qu'une société intime entre le mari et la femme (l).»

On ne resta pas longtemps dans cette simplicité, gardienne des mœurs, et l'on vit bientôt à Athènes deux signes également funestes : la recherche des dots et la chasse aux successions.

Si les jeunes filles apportaient, dans V Iliade, à leurs maris (2) des troupeaux nombreux de béliers à la blanche toison, ou de superbes taureaux, plus tard les jeunes Athéniennes reçurent, sous des formes diverses, des dots considérables. Les maris les garantissaient par l'affectation d'un douaire d'une valeur égale, en terres ou en maisons.

La dot ne pouvait pas être confisquée. Si la femme mourait sans enfants, ce qu'elle avait apporté revenait à sa famille. Si elle avait des enfants, ils pouvaient entrer en possession de ce que la loi considérait comme leur bien. La mère n'était pourtant

(1) Plutarque, Solon, 2Q.

(2) Chant XVIII.

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pas complètement dépouillée, et ceux qui jouissaient de sa dot étaient tenus de pourvoir, dans des conditions équitables, à sa subsistance.

Le divorce était permis. Il pouvait être demandé par le mari et par la femme. La dot était restituée. Si la situation financière du mari ne lui permettait pas de faire immédiatement cette restitution, il fournissait à sa femme une pension dont le taux était de neuf oboles au moins par mois (1).

Le divorce était accordé sous les plus légers prétextes, mais il fallait les faire connaître, et il était permis d'en appeler. La première demande était présentée à l'archonte. Lorsque les deux parties étaient d'accord, il n'y aveait pas de retard, et les deux époux divorcés contractaient aussitôt un autre mariage.

Lorsque le divorce était réclamé par la femme, elle devait elle-même en remettre la demande à l'archonte. On pensait que cette obligation arrêterait quelques femmes, ou que de sages observations les feraient revenir sur leur intention. L'accomplissement de cet acte amenait quelquefois d'autres conséquences. Plutarque raconte (2) que la dissolution d'Alcibiade détermina sa femme Hipparète , dont la vertu était admirée et l'amour pour son mari connu, à quitter sa maison et à se retirer chez son frère. Elle se rendit auprès de l'archonte pour faire sa demande de divorce, a Alcibiade y alla aussi, et la saisissant par le milieu du corps, il l'emporta chez lui en traversant la place publique, sans que personne osât s'y opposer ou la lui enlever. Elle demeura

(1) Voir Demosthène, Contre Nééra.

(2) Alcibiade, 9.

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