‹ Les institutions d'AthènesChapitre 214 sur 335 · CHAPITRE VIII i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII i

dans la maison de son mari jusqu'à sa mort. » Périclès maria sa femme, dont il avait eu deux fils, à un Athénien, et, de son consentement, épousa Aspasie(l),dont le fils reçut plus tard, malgré la loi, le titre de citoyen.

Quoiqu'il fût permis à Athènes d'emprunter les femmes de ses amis, l'adultère y était considéré comme un grand crime. L'accord des maris l'excusait cependant, et la loi se taisait devant ce consentement qui ne changeait pas la nature de l'acte. L'application des peines réservées à l'adultère était laissée à la discrétion des magistrats. Dracon donnait ce soin à l'offensé qui pouvait, lorsque le coupable avait été pris en flagrant délit, le mutiler ou le faire mourir.

Un citoyen, arrêté sous l'accusation d'adultère, pouvait présenter une requête aux thesmothètes , qui le renvoyaient devant les juges. Si l'accusation était reconnue vraie, ceux-ci lui infligeaient le châtiment qu'ils jugeaient proportionné à sa faute, mais qui ne pouvait pas être la mort (2). Si un mari, dont la femme avait été convaincue d'adultère, ne la répudiait pas, il était réputé infâme et frappé d'atimie. La femme déshonorée n'entrait dans aucun temple public. Tout citoyen pouvait la mettre à mort (3). La conduite des Athéniens fut rarement d'accord avec les sévérités de la loi, et ce qui avait été laissé à leur discrétion, resta une lettre morte, les mœurs publiques inspirant une plus grande indulgence.

Les lois de Solon restèrent sur ce sujet, comme

(1) Plutarque, Périclès, 38.

(2) Voir DÉMOSTHÈNK, Contre Nééra.

(3) Ibid.

410 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

sur presque tous les autres, la règle d'Athènes. Il est certain cependant qu'elles subirent des modifications sous la pression des mœurs , et que l'expérience fit disparaître plus tôt ou plus tard les erreurs et les contradictions qu'elles renfermaient. « En général, dit Plutarque (1), les lois de Solon qui regardent les femmes renferment de grandes inconséquences. Par exemple, il permet de tuer celui qu'on surprend en adultère; et le ravisseur d'une femme libre, lors même qu'il lui a fait violence, il ne le condamne qu'à une amende de cent drachmes. S'il l'a enlevée pour la prostituer, l'amende n'est que de vingt drachmes ; il excepte de cette peine les ravisseurs des femmes qui se vendent publiquement.... Il défend aux Athéniens de vendre leurs filles et leurs sœurs, à moins qu'ils ne les aient surprises en faute avant d'être mariées. Mais est-il raisonnable de punir le même crime tantôt avec la plus grande rigueur, tantôt avec une douceur extrême ? »

Ces inconséquences prouvent combien, chez les meilleurs esprits de l'antiquité, la vérité, dans les cas même où ils lui rendent hommage par leur enseignement, leur conduite ou leurs lois, leur apparaît incomplètement, et fléchit. Il ne faut pas oublier que la tendance de notre nature est « inclinée au mal. »

Les courtisanes étaient tolérées. Elles fréquentaient le Céramique, le Sciros, la vieille place publique, sur laquelle était situé le temple d'Aphrodite Pandémos. Elles pouvaient avoir les plus riches toilettes et se distinguaient ainsi des honnêtes femmes dont la tenue devait toujours être simple et décente.

(1) Solon, 31.

Page 1