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CHAPITRE V H I i l

Lorsque Pénélope, paraissant tout à coup au festin, vient de reprocher à Phémios les chants qui réveillent ses douleurs, Télémaque lui dit : « Retourne dans ton appartement; occupe-toi de tes travaux, du fuseau, de la toile; ordonne à tes femmes d'achever leur tâche. Les discours sont réservés aux hommes, et à moi surtout qui suis le maître de ce palais (l). » yk Athènes, une femme qui se présentait en public en trop grand négligé devait payer une amende de mille drachmes (2), mais il ne lui était pas permis d'avoir une parure recherchée. Elle ne paraissait que rarement dans les repas, et s'éloignait au moment où commençait la conversation. «Il y a, dit Plutarque, qui veut certainement honorer la femme par ce rapprochement, il y a des gens qui, affectant une sévérité outrée, prétendent que la philosophie, telle qu'une respectable mère de famille, doit garder le silencç dans les repas (3). » Il est certain que la philosophie — et ce fut un bien — se montra moins réservée, même dans les repas, que la femme à qui ce silence fait honneur.

Il n'est donc pas étonnant que les hommes leur aient témoigné un grand respect. Dans Euripide (4), Achille voit arriver Clytemnestre : « 0 sainte pudeur 1 s'écrie-t-il, quelle est cette femme d'une si rare beauté, que je vois en ces lieux?

Clytemnestre. Je m'étonne peu de ne pas être connue de toi qui ne m'as pas encore vue, mais je te loue pour ton respect pour la pudeur.

(1) Odyssée, chant I. (2) Hypéride.

(3) Symposiaques , question I.

(4) Iphigénie en Aulide, scène X.

Achille. Mais qui es-tu, femme ? Pourquoi viens-tu dans le camp des Grecs au milieu d'hommes armés?

Clytemnestre. Je suis fille de Léda ; Clytemnestre est mon nom ; le roi Agamemnon est mon époux.

Achille. Tu as fort bien dit en peu de mots ce qui était nécessaire ; mais il serait malséant à moi de m'entretenir avec des femmes.

Clytemnestre. Chose étrange! pourquoi fuir? Mets du moins ta main dans la mienne, en gage heureux de l'hymen que nous allons célébrer.

Achille. Que dis-tu ? Je redouterais Agamemnon , si je touchais ce qu'il ne m'est pas permis de toucher. »

N'y a-t-il pas là comme un avant-goût de l'esprit chevaleresque qui ne devait naître que plus tard sous l'inspiration chrétienne ?

I Les femmes occupaient la partie la plus retirée de la maison et ne paraissaient que rarement devant les étrangers. Filles, épouses ou veuves, elles étaient tenues à la même réserve, passaient rarement d'un appartement à l'autre dans la même maison, et ne se montraient à la porte que dans des circonstances exceptionnelles. En public, elles étaient tenues à un costume sévère et cachaient leurs traits sous un voile. Un magistrat veillait sur leur conduite (1). S'il trouvait quelque chose de répréhensible dans leurs paroles, leur tenue ou leurs actes, il inscrivait leur nom sur des tablettes qui étaient déposées sur un platane dans le Céramique (-2).

Cette publicité paraissait aux Athéniens suffisante

(1) On l'appelait y'Jvaixovofxo; et yjva'.y.oxô^rfjLOç.

(2) ÂTIIENEE, Uv. VI, ch. IX.

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