CHAPITRE VIII
parties de la Grèce, en un certain nombre de petits gouvernements jaloux l'un de l'autre et désireux de garder leur autonomie. Thésée les réunit après avoir fait accepter son plan par les anciens et les nouveaux citoyens, par les forts et les faibles. Les raisons qu'il fit valoir furent certainement différentes, mais elles réussirent à faire une unité qui devait être avantageuse à tous.
« Il réunit en un seul corps tous les habitants de l'Attique pour ne former qu'une seule cité.... Il fit abattre dans chaque bourg les prytanées et les maisons de conseil, cassa tous les magistrats, bâtit un prytanée et un palais commun dans le lieu oii ils sont encore aujourd'hui, donna à la ville et à la citadelle le nom d'Athènes, et établit une fête pour tout le peuple sous le nom de Panathénées (1). »
Cette union n'empêcha pas le maintien des divisions que présentent tous les peuples à l'origine, et celui de l'inégalité de pouvoir et de fortune. Thésée avait promis un « gouvernement sans roi, et purement démocratique dans lequel, ne se réservant que l'intendance de la guerre et l'exécution des lois , il mettait dans tout le reste une entière égalité entre tous les citoyens (2). » Cet esprit, qui est le trait distinctif des Ioniens et l'aspiration constante d'Athènes, n'avait rien d'exclusif. Il laissa subsister par la réunion des familles la race (3), par la réunion des races
(1) Plutarque, Thésée, 22.
(2) Ibid. Jh;:;.;
(3) Fsvoç, que l'oû traduit habituellement par gens. Un équivalent français est préférable à un mot latin quand il s'agit de la Grèce. Le mot race indique ici la communauté de l'origine, dans son eitension plutôt que dans sa succession.
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la phratrie, et par la réunion des phratries la tribu. Les tribus formèrent la cité.
Mais la famille, la race, la phratrie, la tribu renfermaient des inégalités. Elles tenaient à la naissance, à la possession territoriale, à la fortune, à la situation personnelle; elles se perpétuèrent en conservant une vie propre au milieu du mouvement; une distinction territoriale s'établit d'elle-même, et l'on compta dans la ville nouvellement formée et dans l'étendue de l'Attique : les Injpéracriens ou montagnards, les paraUens on habitants du rivage, et les pédiéens ou possesseurs de la plaine. Ces trois groupes ne constituaient pas une population distincte, bien que leur origine fût probablement différente. Les Ioniens et les Éoliens, qui vinrent en Attique après la conquête du Péloponèse par les Héraclides (I), et qui s'y établirent par la force , ou y furent reçus comme des bannis dignes de pitié, occupèrent la plaine, entre les deux populations antérieures, se mêlèrent étroitement à elles, et contribuèrent à former les trois partis qui, pendant plusieurs siècles, se disputèrent l'influence et le pouvoir.
« Les habitants de la montagne, dit Plutarque (2), demandaient un gouvernement populaire; ceux de la plaine préféraient un état oligarchique, et ceux de la côte, portés pour un gouvernement mixte, balançaient les deux autres partis et empêchaient que l'un l'emportât sur l'autre. » Ces trois divisions répondent à des dispositions d'esprit trop naturelles pour qu'elles aient disparu, même lorsque le régime démocra-
(1) Vers 1180, mais certainement après la guerre de Troie.
(2) Thésée, 16.