‹ Les institutions d'AthènesChapitre 227 sur 335 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ment tente d'empêcher, ou inutilement poursuivi, un groupe l'obtenait, et l'expérience rendait tous les jours plus chère l'union intime.

Ce n'était pas au loin, dans des familles inconnues, que l'on allait chercher à former des familles nouvelles. Les mariages établissaient ainsi de nouveaux liens, et, en rendant les rapports plus fréquents, augmentaient la solidarité de la race. Les affections et les biens se concentraient, et tous y trouvaient leur avantage.

Le dernier trait qui caractérise la race , c'est la formation d'un trésor commun. Certaines terres n'avaient pas été divisées à mesure que s'étaient formées des familles nouvelles. Elles étaient restées un patrimoine sur lequel chacun avait des droits. Laissé d'abord à la disposition de tous, ce domaine finit par acquérir, à cause de l'extension de la population, une valeur plus considérable. Le produit en fut destiné à des dépenses qui importaient à tous, et auxquelles, plus tard, chacun dut contribuer dans une proportion déterminée.

La race avait un chef dont le nom varia, mais dont l'autorité fut le prolongement de la puissance paternelle. Il fallait que quelqu'un parlât au nom de tous, que la direction eût de l'unité, que les intérêts généraux fussent l'objet de la préoccupation et de la vigilance particulières d'un homme entouré d'estime et de respect. On Tappela généralement archonte, parce que, en effet, il avait le commandement, ou démarque, parce qu'il était le chef du peuple.

Ainsi, la race était une petite société avec tous les organes essentiels qui lui permettaient de vivre. On

434 INSTITUTIONS d'atHÈNES

les retrouve chez tous les peuples , sous des noms différents, mais avec les mêmes caractères. Lorsque l'autorité paternelle cesse, c'est-à-dire lorsque l'agnation ne peut être prouvée, la race se substitue à la famille. On la reconnaissait à Rome aux caractères que signale Gicéron (1) : (( Les membres de la gens sont ceux qui, entre eux, ont le même nom. Ce n'est pas assez qu'ils soient d'origine libre , ce n'est pas assez qu'aucun des ancêtres n'ait connu la servitude, il faut encore qu'ils n'aient pas subi une dégradation quelconque. » Il trouve ainsi en eux quatre caractères constitutifs, qui les séparent du reste de la population par une incontestable supériorité : la communauté de nom, l'ingénuité, l'absence de trace servile, et celle de toute perte de dignité.

A Athènes, la race a une existence qui la rattache à la famille plutôt qu'à un état politique, etvoilà pourquoi elle forme, en dehors de la domination de tout esprit gouvernemental, une société véritable et complète.

3. Les races se multiplièrent comme les familles. Elles eurent les mêmes caractères avec une plus grande extension et formèrent des phratries, La phratrie resta une société religieuse et forma une société civile préparant l'avènement de la société publique.

En effet, l'autorité qu'il fallait constituer sur la phratrie, réunion des races, fut plus étendue, et se trouva à une plus grande distance de chacun de ceux sur qui elle s'exerçait. Le père de famille s'était

(1) Topiques, 6.

Page 1