CHAPITRE VIJI
effacé devant l'archonte; et l'archonte, à son tour, s'effaça devant un chef plus puissant, et qui commanda moins par l'ascendant personnel et le respect dont il était l'objet, qu'en vertu de la force dont il disposait.
La phratrie est une société religieuse, réunissant, sans les confondre, le culte de la race et celui de la famille. Elle prépare un gouvernement régulier et définitif, mais elle se rapproche encore par ses traits essentiels de cette forme primitive où l'obéissance est facile, et où le commandement s'impose par son propre ascendant, n'ayant rien à se faire pardonner. C'est toujours la famille, mais la famille multipliée par elle-même.
Ce développement de la société est naturel. La main de l'homme n'y est pour rien. Le pouvoir existe, mais l'ambition n'est pas encore née, et les compétiteurs ne se présentent pas pour dérober ou ravir ce qui donne plus de charges qu'il n'offre d'avantages, ou ne procure de satisfactions. Le moment arrive où ce gouvernement en germe ne suffit pas; et l'intérêt général réclame quelque chose de plus ferme, de plus arrêté et de plus large.
Aiors se constitue la tribu, et l'Attique cesse d'être une grande famille pour devenir un petit État.
La tribu est une réunion de phratries. Elle reproduit sur une plus vaste échelle les traits constitutifs des unités qui entrent dans sa composition : la famille, la race, la phratrie. Elle garde quelque chose de chacun de ces trois éléments, et les confond dans le nom général de cité.
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, Les contrées où les communications sont difficiles, où l'antagonisme est né de bonne heure de la différence des races ou du conflit des intérêts, n'ont pas dépassé comme organisation sociale la tribu. Les plaines sablonneuses de l'Asie, les steppes de la Scythie et les marais de la Germanie, les vastes déserts et les oasis isolées de l'Afrique, les savanes et les forêts de l'Amérique ont montré, à des époques diverses, leurs populations divisées et un nombre plus ou moins considérable de familles rattachées entre elles par le sang, la religion et certains usages, constituées en tribus dont la demeure était errante ou stable, mais que tout éloignait d'une fusion ou même d'une association avec des agglomérations de même nature établies dans leur voisinage. Ce régime se maintient encore sur certains points. Sur d'autres, il n'a été modifié qu'après de longues épreuves; sur quelques-uns enfin, cet isolement a été tellement fatal, que tout a disparu jusqu'au souvenir de ces petites sociétés.
Un peuple qui se développe successivement nous présente ces phases, et il est facile de se rendre compte des conditions dans lesquelles elles se succèdent. Tel est le peuple juif. Il a un père commun qui est Abraham, et lorsque, après son petit- fils Jacob, se forment les douze petites sociétés qui ont reçu le nom de tribus, et qui ont composé un royaume, sans rien perdre de leur organisation et de leur autonomie, on peut suivre le développement régulier — quoique le nom ne soit pas employé — de la race et de la phratrie.
L'Attique n'a pas été peuplée de la même manière