CHAPITRE î
poussées par de nouveaux venus plus nombreux et plus hardis, ou fatiguées d'un sol qui ne leur suffisait plus, elles ont marché à la recherche d'une terre nouvelle.
Le petit nombre, excité par l'aiguillon de la nécessité, leur permit d'affronter les obstacles de la terre, montagnes, forêts et fleuves, et de triompher de la fureur des flots.
Les Pélasges furent l'avant-garde des peuples que l'Asie devait envoyer à l'Europe. Ils pénétrèrent par le nord, le centre ou le sud, dans les différentes parties de la Grèce, où ils ont laissé des traces de leur séjour. Les Hellènes qui les remplacèrent ou s'unirent à eux, formèrent des établissements considérables et qui arrivèrent bientôt à un développement dont rendent témoignage des constructions plus parfaites, non moins considérables, et plus riches que celles des Pélasges.
L'Attique reçut par le nord ou par l'orient, une de ces colonies. Elle y rencontra les Pélasges , se mêla à eux, et ne tarda pas à voir arriver des immigrants nouveaux appartenant à de lointaines contrées.
Cadmos le Phénicien, les Égyptiens Danaos et Cécrops, abordèrent sur la presqu'île aux longs rivages (1), et y déposèrent momentanément, ou y fixèrent définitivement leur fortune. Si Cadmos est le fondateur de Thèbes, où il ne s'arrêta qu'après
(1) L'Attique aurait tiré son nom d'iv.Tr,, rivage, ou d'Âctœos, son premier roi(PÀUSAMAS, Attique ii). Il est impossible de ne pas recueillir tous les renseignements même contradictoires fournis par la légende e t consignés par la poésie ou par l'histoire. Les citer, ce n'est pas y croire, ni surtout prétendre les mettre d'accord.
avoir longtemps poursuivi en Attique Zeus, ravisseur de sa sœur Europe, Cécrops est le premier qui ait organisé les habitants de cette terre, objet de toutes les ambitions, et rendez-vous de tous les peuples.
Chassé de l'Egypte sa patrie, il emporta de ce pays de la sagesse, tout ce qui pouvait constituer un peuple nouveau, et l'assurer contre lui-même et contre ses voisins.
Il descend au Pirée, reçoit en mariage la fille du roi et lui succède. L'union de deux époux est le symbole et le gage de l'union des deux peuples. La légende de l'Attique se répète pour Sparte, pour Rome, pour Marseille et pour d'autres.
Avant Cécrops, les habitants de l'Attique étaient nomades, et par conséquent peu éclairés. Il les fixa, les répartit en douze bourgades, leur enseigna tout ce qui peut rendre la vie meilleure, leur donna un culte, des lois, des tribunaux, et fonda la ville d'Athènes.
Les douze premiers dèmes furent : Cécropie, ïétrapolis, Épachné, Décélie, Eleusis, Aphidné, Thoricos , Brauron, Cythéros, Sphettos, Céphisios, Phalera. Ils furent de bonne heure fort peuplés, s'il faut en croire Philochore, cité par Strabon (1).
Le premier recensement fait au moyen d'une pierre jetée par chacun des habitants qui passait devant le roi, constata la présence de quatre-vingt mille personnes de tout âge.
Voilà les légendes. L'histoire, tout en constatant qu'on n'a pas de raisons suffisantes pour les accepter, est obligée de reconnaître qu'elle n'a rien à
(1) Livre IX.