‹ Les institutions d'AthènesChapitre 24 sur 335 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mettre à leur place. La poésie en tire les inspirations les plus chères au patriotisme.

Les relations anciennes et constantes des diverses parties de la Grèce, et particulièrement de l'Attique, avec l'Asie et l'Egypte, sont certaines. Si l'on ne veut pas qu'un étranger soit devenu roi en Attique, et y ait importé le culte, les lois et le gouvernement d'un autre pays, il est permis de croire que ces rivages hospitaliers ayant reçu de nombreux immigrants, il se fit une fusion, et que, de ces éléments divers, sortit un peuple.

Thucydide , dans un des passages difficiles qui abondent en son histoire, le constate en ces termes (1) : « Du reste, les mêmes hommes ont toujours habité l'Attique, surtout à cause du peu d'étendue du pays, et parce qu'elle n'était pas exposée à des séditions; et pour preuve, je dirai — ce qui est important — qu'elle s'est accrue par les métèques, c'est-à-dire par les migrations de peuples, et sous ce rapport, son sort a été différent de celui du reste de la Grèce. »

Ainsi, l'Attique et Athènes ne repoussent aucun étranger et ne se laissent pas cependant absorber. On dirait que, sûres d'elles-mêmes, elles ne redoutent aucune invasion, et aspirent au contraire, à recevoir, comme principe de force et garantie d'avenir, ce qui, pour les autres, était un danger,

2. Les Hellènes s'étaient divisés en quatre branches issues d'Hellen, fils de Deucalion, par qui l'on touchait, sinon à l'origine de l'homme, du moins

Cl) I, 131, 2.

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à l'époque, où dépeuplée par un déluge vengeur, la terre dût recevoir une nouvelle race.

Ces quatre branches étaient : les Eoliens, les Achéens, les Doriens et les Ioniens. Ces deux dernières l'emportèrent sur les autres ; par le nombre, l'audace, la persévérance ou l'esprit, et pendant que les Eoliens revenaient en Asie, où ils fondaient des colonies florissantes, pendant que les Achéens, après avoir eu l'heureuse fortune de donner leur nom à la Grèce entière, n'avaient pas de demeure stable, les Doriens et les Ioniens se disputèrent la suprématie.

L'antagonisme des premiers jours survécut, et se produisit dans toutes les phases par lesquelles passa la Grèce. Leur origine était commune, mais les tendances, les mœurs, les institutions, le gouvernement différaient. Deux villes furent le siège de leur puissance et comme la manifestation de leur génie. Tour à tour maîtresses de la Grèce, elles déployèrent, dans la lutte et la domination, toutes les ressources de la force et de la politique. Sparte montra le caractère Dorien avec sa rigidité, sa hauteur, son amour de la règle, son obstination, son courage à toute épreuve, son inflexibilité dans le commandement, son désir d'immobilité dans la tradition. L'Ionienne Athènes fut souple, séduisante, mobile dans ses affections et ses alliances, impétueuse dans ses aspirations, d'une valeur qui se contenait elle-même, et d'un amour de la nouveauté qui ne respectait rien.

Sparte se défiait de l'étranger et le bannissait de son territoire, parce qu'elle craignait de trouver en lui un rival ou un corrupteur. Tous les peuples reçurent

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