‹ Les institutions d'AthènesChapitre 235 sur 335 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

origme, quelque importance que les circonstances leur aient donné, et malgré la désignation de supérieur et d'inférieur (1), une égalité parfaite. Les citoyens qui les habitaient avaient tous les droits de ceux qui résidaient dans la ville, et leur place était marquée à l'Agora pour les affaires publiques et les jugements, dans les fêtes publiques, dans les pompes religieuses comme au théâtre. Leurs noms figuraient dans tous les actes auxquels leurs membres prenaient part. Les harangues de Démosthène nous en offrent de nombreux exemples.

Les inscriptions portent le même témoignage. « A l'angle nord -ouest de la prostasis septentrionale, dit M. Beulé (2), on voit un piédestal sans sculptures, avec cette dédicace : Offrande d'Hermocratc, fds d'Antiphon, du dème de Crioa, dont l'attelage a remporté le prix à Olympie. »

On associait ainsi le dème à la gloire de ses enfants.

Il ne faudrait pourtant pas se faire illusion sur le sentiment d'égalité que semblait commander la démocratie athénienne. Ce sentiment ne pouvait guère exister pour les dèmes, puisqu'on l'oubliait si souvent à l'égard des hommes. On ne s'en étonne pas lorsqu'il s'agit de l'étranger qui est un ennemi, du métèque qui est un obligé, de l'esclave qui est une chose. Mais n'a-t-on pas le droit de croire que les mots ne représentent pas toujours exactement ce qu'on prétend leur faire exprimer pour se tromper soi-même ou pour tromper les autres?

(1) EusTATHE, Sur l'Iliade, II.

(2) Acropole, ch. XXIII, p. 391.

Philarque rapporte qu'on disait un jour à Thémistocle que « le moyen de bien gouverner les Athéniens était de conserver l'égalité, et de se montrer impartial pour tout le monde. — Je ne voudrais jamais, répondit-il, m'asseoir sur un tribunal où mes amis ne trouveraient pas auprès de moi plus de faveur que les étrangers (1). » Et l'homme qui parlait ainsi est celui dont Cornélius Népos a dit : « Personne ne peut lui être préféré ; peu d'hommes peuvent lui être égalés (2) ! »

Il y a là autant de dédain pour l'humanité que pour la justice. Et combien d'hommes, sans se montrer aussi ouvertement cyniques, se conduisaient par les mêmes principes, ou plutôt obéissaient aux mêmes passions !

Chaque dème avait ses magistrats : le démarque chef du peuple, les conseillers ses assesseurs, le trésorier chargé de la perception de l'impôt, le contrôleur, surveillant général, les commissaires chargés de fonctions temporaires.

Le démarque avait le cadastre, la contribution foncière, la désignation des plus forts contribuables pour l'établissement des liturgies. Il convoquait les démotes, citoyens qui avaient le droit de s'occuper des affaires du dème, les présidait, opérait le recrutement militaire et veillait sur l'hypothèque , dont le régime, à cause des relations commerciales, était très étendu.

La première et la plus importante des conditions pour être citoyen, c'était de posséder un dieu domes-

(1) Aristide j 4.

(2) Thêmistode, 1.

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