‹ Les institutions d'AthènesChapitre 237 sur 335 · CHAPITRE VIII -i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII -i

communautés, a pu paraître à quelques rêveurs un moyen singulier de faire régner la justice, puisque, tout étant à tous, le vol et le rapt n'existeraient pas. Elleestaussi difficile à justifier en théorie qu'elle serait dangereuse en pratique. Ce n'est pas que les déshérités de tous les temps n'aient désiré un changement dans lequel ils auraient eu tout à gagner et rien à perdre ; mais tous les peuples sont restés d'accord pour reconnaître la propriété individuelle et la défendre contre les attaques dont elle pouvait être l'objet. Ils ont ainsi pourvu aux besoins du présent, encouragé l'initiative individuelle, et assuré l'avenir, car la société ne peut vivre et se perpétuer que si les membres qui la composent sont protégés dans leur personne et dans leurs biens.

La propriété s'acquiert par le droit naturel et par le droit civil (1). L'homme ne pouvant vivre sans aliments, son premier soin est la recherche et l'acquisition de ce qui lui est nécessaire. 11 est nomade, agriculteur, pillard, pêcheur ou chasseur, mais « la meilleure partie du genre humain vit de la culture de la terre et de ses fruits (2). » La nature, qui ne fait rien d'incomplet, ni rien en vain, a mis à sa disposition des ressources infinies, à la condition qu'il se les approprierait par le travail, a Toute propriété a deux usages qui tous deux lui appartiennent essentiellement, sans toutefois lui appartenir de la même façon; l'un est spécial à la chose, l'autre ne Test pas (3). )) Il se sert, en effet, des objets pour sa

(1) Voir Institutes de Justinien, liv. III, titre 1, 11.

(2) Aristote, Politifjue, \, 3, 4.

(3) Aristote, Politique, I, 3, 11.

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propre utilité, ou il les échange contre d'autres objets ou de l'argent. Par le premier usage, il entretient sa vie; par le second, il acquiert des richesses.

La première des richesses est le sol. Elle ne périt pas et ne s'épuise jamais complètement. On l'acquiert par la première occupation, en y faisant paître des animaux, ou en le cultivant, par l'échange, l'achat, la violence, le don. Peu importante, lorsque l'espace s'ouvrait devant la famille ou la peuplade, cette richesse s'est successivement accrue, lorsque le nombre des possesseurs est devenu plus considérable, et que le sol a manqué à l'ambition ou au besoin. On a estimé plus haut ce qui était plus rare. La terre est le réservoir universel. Elle entretient les hommes et les animaux ; elle fournit tout ce que l'industrie transforme, tout ce que le commerce échange. Sa possession a constitué l'unique fortune des jeunes sociétés ; elle est restée dans les sociétés plus avancées la richesse la plus solide, la plus vraie, la plus justement recherchée. « L'argent n'est en luimême qu'une chose absolument vaine, n'ayant de valeur que par la loi, et non par la nature, puisqu'un changement de convention parmi ceux qui en font usage, peut le déprécier complètement et le rendre tout à fait incapable de satisfaire aucun de nos besoins (1). »

La terre a donc sur l'argent un avantage considérable, puisqu'elle assure, ce que l'argent ne saurait faire, l'existence de l'homme.

Elle groupe de plus les familles, et en leur donnant un lieu où elles trouvent un asile, et où se main- Ci) ÂRiSTOTE, Politique, I, 3, 16.

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