‹ Les institutions d'AthènesChapitre 239 sur 335 · CHAPITRE VIII ioT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII ioT

étaient peu nombreux. Elles ne tardèrent pas à être rapportées, mais l'esprit qui les avait inspirées subsista, et si chacun put disposer plus librement de ce qui lui appartenait, il était tenu au respect pour la propriété d'autrui.

Les premiers domaines étaient considérables. Ils conservèrent longtemps leur étendue , soit par suite d'une prescription de la loi, soit parce que l'intérêt particulier gardait avec un soin jaloux ce que le travail avait fécondé. L'agriculture est la première richesse des États, il est donc naturel que la loi la protège ; elle est la source de la vie et de la propriété des familles, il n'est pas étonnant qu'elles s'y soient étroitement attachées.

Nous ne connaissons pas exactement les lois d'Athènes relatives à la liberté de l'aliénation de la propriété. A Sparte, les lots étaient primitivement inaliénables. Dès qu'une loi eut permis aux possesseurs d'en disposer, une véritable révolution s'accomplit. « Les uns possèdent des biens immenses, les autres n'ont presque rien, et le sol est entre les mains de quelques individus (1). Ce fut le signal de la décadence, parce que ce fut la fin de l'égalité dans la classe privilégiée.

Athènes ne périt pas par là, parce que la prescription de la loi était moins absolue, et que la violation devait avoir de moins graves conséquences. On peut lui appliquer, sans qu'il soit bien sûr qu'Aristote ait voulu la désigner, ce qu'il dit de la démocratie. Il croit à la nécessité d'une réglementation universelle. (( Il est toujours bon pour l'homme d'être tenu en

({) Aristote, Politique, II, 6, 10.

438 INSTITUTIONS d'aTHÈNES

bride, et de ne pouvoir se livrer à tous ses caprices, car l'indépendance illimitée de la volonté individuelle ne saurait être une barrière contre les vices que chacun de nous porte dans son sein (1). »

Cette nécessité lui paraît avec plus de raison ressortir des conditions d'existence de la démocratie, que de celles de tout autre gouvernement. Il s'applique à la possession du sol. « Presque tous les anciens gouvernements, dit-il, avaient des lois excellentes pour rendre le peuple agriculteur. Ou elles limitaient, d'une façon absolue, la possession individuelle des terres, à une certaine mesure qu'on ne pouvait dépasser, ou elles fixaient l'emplacement des propriétés, tant autour de la ville que dans les parties les plus éloignées du territoire. Parfois même à ces premières précautions, elles ajoutaient la défense de jamais vendre les lots primitifs (!2). »

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'intérêt des familles s'accordait avec celui de l'État, et que les mœurs faisaient ce que la loi n'ordonnait pas. Les prodigues qui dépensaient leurs biens étaient considérés comme frappés d'infamie (3). A qui, en effet, allaient ces biens mis en vente pour satisfaire des caprices et payer l'incurie ou la dissipation ? A des citoyens inférieurs , à des métèques enrichis par les métiers, l'industrie et le commerce. L'argent serait devenu le maître, et c'est ce que le vieil esprit athénien aurait regardé comme un immense malheur.

Combien était loin de cet esprit Aristote quand il

(1) Politique, VII, 2, 4.

(2) Politiqîte,mi,^,b.

(3) EsCHiNE, Contre Timargue.

Page 1