CHAPITRE I
en Attique une facile et large hospitalité. Sparte resta la cité égoïste d'une partie de la famille dorienne. Athènes fut pour la Grèce tout entière, pour le monde Hellénique, d'Europe ou d'Asie, la ville par excellence (d). Les colonies de l'Asie- Mineure, quelle que fut leur origine, la reconnurent pour métropole, ou recherchèrent son alliance, et si le feu sacré s'éteignait dans leurs temples, elles l'envoyaient rallumer à Athènes, au Prytanée.
Les Doriens, originaires du nord de l'Hellade, sont devenus par la conquête, les maîtres du Péloponèse. Les Ioniens ont leur berceau dans l'Altique, et s'ils en sont sortis, par suite des événements, ou en vertu de leur expansion naturelle, ils y sont toujours retournés.
Un des premiers rois d'Athènes, qui n'hésita pas à faire au salut de sa patrie le sacrifice d'une de ses filles, en donna une seconde à Xuthos, fils d'Hellen. Elle en eut deux fils : Achaeos et Ion. Un mariage fit d'Ion le roi des Égialéens, dans le nord du Péloponèse (milieu du xv^ siècle).
Les relations entre les deux contrées furent fréquentes et amies. « Les Athéniens en guerre avec les Éleusiniens, appelèrent Ion pour lui donner le commandement de leurs troupes. Il termina ses jours dans l'Attique, et son tombeau est dans le bourg de Potamos. Ses descendants régnèrent sur les Ioniens du Péloponèse jusqu'à l'époque où ils furent, ainsi que leurs sujets, chassés de cette contrée par les Achéens, qui venaient eux-mêmes d'être expulsés de Lacédémone et d'Argos par les Doriens (2). »
(1) oifjvj. (2) Pausanias, Achaïe, I.
Les Ioniens se réfugièrent en Attique oii ils furent reçus par le roi Mélanthos, successeur des Erechthides. Il était venu lui-même du Péloponèse, et avait trouvé en Attique cette hospitalité généreuse qui ne manquait à aucun exilé. En accueillant ces victimes de l'invasion dorienne, il réunissait les deux parties d'une même famille.
Lorsque Néleus, fils de Codrus, ne voulut pas se soumettre à son frère Médon, privé de son titre de roi sous le plus honorable des prétextes et avec une apparente compensation, il partit avec ses autres frères, « pour aller fonder une colonie, emmenant tous ceux des Athéniens qui consentirent à le suivre; mais le plus grand nombre appartenait à la race Ionienne (1). » Ils s'établirent à Milet, après avoir égorgé tous les habitants dont ils épousèrent les femmes et les filles.
Ils furent plus tard vaincus par les Samiens et soumis par les Perses, sous le règne de Darius, fils d'Histaspes. Athènes pleura le sort de Milet, dont les habitants furent transportés à l'embouchure du Tigre, sur le territoire d'Ampée (494). Alexandre les y trouva, fidèles à leur langue, pleins des souvenirs de leur patrie, et les yeux tournés vers leur impuissante métropole.
Athènes du moins les avait vengés, en brisant à Marathon et à Salamine cette puissance qui semblait devoir écraser la Grèce ; et Alexandre, en soumettant l'Asie et en l'hellénisant, leur apportait la plus glorieuse des consolations.
Pausanias (2) constate la versatilité des Ioniens
(1) Pausanias, Àchaïe, II. (2) Elide, III.